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Au secours, mon enfant est hyperactif! - Laure-Anne Thalmann

Au secours, mon enfant est hyperactif! Mme Laure-Anne Thalmann, psychologue FSP

Bonjour et merci d’avoir accepté cette interview pour Telme. Vous êtes psychologue psychothérapeute FSP et travaillez actuellement au Centre Educatif et Pédagogique (CEP) d’Estavayer Le Lac comme psychologue scolaire. Parlez-nous de votre parcours et de vos centres d’intérêt dans la psychologie.

J’ai effectué ma licence en psychologie à Fribourg et à Montréal. Mon thème de mémoire était la prévention du suicide chez les adolescents. Je viens de terminer un MAS en TCC (thérapie cognitivo-comportementale) qui représente pour moi une part importante de ma formation. Cela fait actuellement 10 ans que je travaille à Estavayer. J’ai également un cabinet en privé depuis 5 ans, enfants adolescents et jeunes adultes.

Quant à mes intérêts dans la psychologie, ils remontent à mon enfance. Quand j’étais petite, je voulais être archéologue, car j’étais passionnée par l’histoire et la préhistoire, ainsi que par les histoires que me racontaient les gens. Avant d’étudier la psychologie, j’ai commencé par des études de logopédie. Mais je me suis rapidement rendu compte que ce que j’aimais le plus dans ce cours, c’était les cours de psychologie et tout ce qui traitait des aspects plus humains. Si je suis aujourd’hui passionnée par mon travail, c’est que je retrouve dans la psychologie des histoires humaines dans lesquelles je dois, comme un historien, trouver le sens. Ces histoires sont comme des défis à résoudre!

 

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous spécialiser dans le TDAH (Trouble du Déficit d’Attention avec ou sans Hyperactivité)?

Quand j’ai commencé il y a 10 ans à Estavayer, j’ai été très vite confrontée à un enfant qui avait des problèmes d’attention que je n’arrivais pas à résoudre. En effet, à l’époque on parlait encore très peu du déficit d’attention. J’ai eu par la suite plusieurs situations qui n’ont pas été résolues comme je le souhaitais, et ça m’a laissé un goût d’inachevé. C’est la raison pour laquelle je me suis formée dans le domaine du TDAH, pour pouvoir avoir des réponses par moi-­même aux problématiques liées à l’attention.

 

En raison du nombre d’enfants concernés, vous devez être souvent confrontée au TDAH. Pouvez-vous brièvement nous expliquer ce qu’est le TDAH?

Le TDAH est un trouble neuropsychologique d’origine génétique. Il se manifeste par des ruptures d’attention régulières et par des difficultés à freiner son impulsivité. Le TDAH peut aussi se manifester par de l’agitation et un besoin permanent d’être en mouvement. La composante centrale du trouble est l’attention et le déficit dans la capacité d'inhibition (freiner un mouvement et des stimuli interférents), et autours de cela, il y a la difficulté à se projeter dans le futur, à planifier et à s’organiser, ainsi que des problèmes de mémoire à court terme et des oublis. Ces aspects ont des conséquences dans les apprentissages et donc sur leur réussite scolaire. La prévalence mondiale du TDAH est de 5 à 9%, ce qui correspond en moyenne à 2 enfants sur une classe de 20 élèves. Mais dans notre service de psychologie scolaire, cette prévalence est beaucoup plus importante. Je pense que le TDAH est présent dans 30 à 50% des situations que nous rencontrons. C’est donc un trouble auquel les psychologues scolaires sont très souvent confrontés

 

Les origines du TDAH sont-elles uniquement biologiques, ou y a-t-il autre chose au niveau du comportement?

Les origines sont clairement biologiques: il semblerait qu’il y ait plusieurs gènes impliqués dans le développement du TDAH (gènes des récepteurs dopaminergiques et noradrénergiques). Les recherches dans ce domaine sont en cours. Bien que ce soient des gènes qui sont impliqués dans ce trouble, sa transmission n’est pas automatique. Souvent on retrouve la présence du TDAH chez le père ou la mère mais ce n'est pas toujours le cas. Il est également possible d'observer un TDAH chez d’un oncle, ou d’un autre membre de la famille plus éloigné. La recherche montre que les parents de premier degré d'un enfant présentant un TDAH ont quatre à dix fois plus de chances de présenter un TDAH que des sujets contrôle. 

 

Quelles sont les différences entre TDAH, hyperactivité et déficit d’attention?

TDAH, c’est la définition clinique qui veut dire Trouble de Déficit d’Attention avec ou sans Hyperactivité. C’est le terme général pour désigner le trouble, qui a pour base commune un déficit d’attention. Celui-ci peut se manifester sans hyperactivité, et donc surtout par des « décrochage » de l’attention, ou l’impression que l’enfant est « dans la lune », ou/et par de l’hyperactivité, soit le besoin constant de bouger (pianoter sur le bureau, se lever, etc).

 

Quelles difficultés rencontrent les enfants qui souffrent du TDAH?

En soi, ce n’est pas tellement le trouble qui est problématique, mais ses conséquences. Le système scolaire exige des enfants qu’ils soient calmes et attentifs à l’école. Les ruptures d’attention régulières ont très vite comme conséquence des difficultés d'apprentissage pouvant déboucher sur un échec scolaire. Ces échecs vont par la suite se répercuter sur l’estime de soi. Des signes d’anxiété et de dépression peuvent se rajouter par dessus cela (se trouver nul, perte de motivation, décrochage scolaire, impuissance acquise).

Les problèmes d’apprentissage se répercutent sur les devoirs et engendrent souvent des conflits avec les parents. Je vois régulièrement des parents épuisés, en sentiment d’impuissance face à un enfant qui ne veut ou ne peut pas apprendre les leçons. Il arrive souvent que les conflits montent en cascade, et que la communication entre les parents et les enfants n’aboutisse qu’à des disputes, ou parfois même devienne impossible.

Un sentiment de révolte est souvent présent chez l’enfant souffrant d’un TDAH et chez les parents, car tous deux savent qu’il y a un potentiel inexploité chez l’enfant.

 

Quels sont les moyens pour établir ce diagnostic et qui est habilité à le faire?

Il n’existe aucun moyen médical au sens d’une prise de sang ou des test physiologiques pour dépister un TDA/H. Il n’existe pas non plus un test unique pour déterminer si oui ou non un enfant a un TDAH. Pour l’instant, c’est la méthode clinique qui est utilisée. Elle consiste à faire la synthèse de tout un ensemble de données. Cela comprend un test cognitif (WISC?IV, K?ABC,...), l’observation clinique du comportement de l’enfant en séance par un psychologue, en classe par l’enseignant, et à la maison par les parents. Les tests neuropsychologiques qui concernent les fonctions exécutives et la mémoire de travail sont également essentiels dans les apports sur la manière qu’a l’enfant de résoudre les tâches cognitives. Enfin, le diagnostic est posé par un pédiatre, un pédopsychiatre ou un médecin spécialiste du TDA/H, sans oublier les psychologues spécialistes en psychothérapie, en psychologie clinique ou en neuropsychologie.

 

Est-ce que le TDAH est un trouble que l’on peut guérir?

A l’heure actuelle, on ne peut pas intervenir sur les gènes, et donc on ne peut pas parler de guérison. Le seul moyen médical que l’on a pour traiter le TDAH pour le moment, c’est la prise de médicaments, notamment des psychostimulants, qui agissent sur certains neurotransmetteurs et facilitent ainsi l'attention tout en réduisant l'impulsivité. 

 

La question de la médication reste un noyau sensible pour les parents. Quand doit-on recourir à la médication?

La médication est du ressort exclusif des parents: on ne pourra jamais les obliger à donner des psychostimulants à leur enfant. Dans les situations où il y a échec scolaire, une grande souffrance de l’enfant, l'épuisement physiologique et affectif de l’enfant et des parents, la médication peut s’avérer utile. Elle permet de stabiliser l’enfant afin de l'aider à entrer dans les apprentissages et "prendre" les mesures d'aide mises en place. 

 

Quels médicaments sont le plus souvent proposés, et quels sont les effets secondaires?

Les plus administrés sont la Ritaline, la Ritaline MR et le Concerta, lesquels sont des psychostimulants. Il existe aussi le Strattera qui est un non psychostimulant. Quant à leurs effets secondaire, ils sont nombreux, mais cela varie d’un enfant à un autre: coupe l’appétit, mal à la tête, perturbation du sommeil, retard de la croissance (rattrapé plus tard). Les médicaments sont toujours prescrits par des médecins et exigent un suivi médical. Il faut savoir que 30% des enfants ne répondent pas à un traitement par psychostimulants.

 

En tant que thérapeute, comment travaillez-vous avec les enfants qui ont ce diagnostic?

Je travaille à la fois avec l’enfant, les enseignants et les parents. Avec l’enfant, je travaille sur le comportement pour les aider à avoir des comportements plus adaptés, que ce soit dans les apprentissages ou dans les interactions avec leurs pairs. Je les aide aussi dans les stratégies d’apprentissages, à développer des trucs pour mieux se concentrer. Enfin, l’estime de soi et d’autres problèmes personnels sont également travaillés avec l’enfant. En ce qui concerne les parents et les enseignants, je fais beaucoup de psychoéducation. Cela consiste à donner des informations sur le trouble et à faire du coaching, en donnant des pistes pour gérer les conflits, les situations de la vie quotidienne et les interactions avec l’enfant. J’aide également à analyser les problèmes qui se posent, car les problèmes peuvent être très divers d’un enfant à l’autre. Le travail en réseau interdisciplinaire est essentiel : avec les logopédistes, psychomotriciens, médecins, enseignant titulaire, enseignant spécialisé. 

 

Est-ce qu'on peut dire que tous les enfants agités ou déconcentrés à l'école présentent un TDAH?

Non, il faut être prudent! Un bilan est nécessaire pour déterminer la cause et les origines de cette agitation ou de la déconcentration. L'origine peut être un TDAH, mais il y a d'autres explications qui peuvent aboutir aux mêmes symptômes. Par exemple, pourraient être à l’origine d’une grosse agitation l'anxiété (des évaluations), un traumatisme vécu récemment, des problèmes familiaux ou une dépression qui est en train de s'installer. Ces pistes doivent toujours être explorées avant de parler de TDAH.

 

Quels conseils donnez-vous aux parents d’enfants qui souffrent d’un TDAH ? Avez-vous des pistes pratiques à donner aux internautes de Telme?

Le premier conseil serait que les parents et les enseigants se renseigent sur ce qu'est le TDAH, et sur ce que cela implique au niveau des comportements et de la manière de réfléchir de ces enfants. Par exemple, quand ils oublient ou qu'ils sont dans la lune, ce n'est pas une question de mauvaise volonté, de paraisse ou de manque d'intelligence, mais que leur attention a décroché pour des raisons neurologiques. Il peut arriver que des parents poussés à bout en viennent à penser que leur enfant fait exprès. Or il est important qu'ils prennent en compte la vraie cause du problème (neuro).

Il est également important de valoriser l'enfant dans ce qu'il sait faire, de l'encourager quand on observe des comportements adaptés. Souvent, il y a une interaction négative qui s'installe entre parents et enfant TDAH. Peu à peu les parents (mais aussi valable pour les enseignants) vont percevoir surtout les aspects négatifs du comportement de l'enfant. L'enfant se fera dès lors souvent grondé et punir. Il s'agit alors pour les adultes d'inverser la vapeur, en relevant et valorisant d'abord les comportements positifs de l'enfant. C'est un réel effort que de changer de perspective et de lunette: plutôt que d'être focalisé ce qui ne va pas, focaliser sur ce qui va.

Une autre observation que l'on voit chez les parents de ces enfants, c'est qu'ils ont tendance à dire "Mon enfant ne fait rien correctement, il devrait tout changer". Cette définition trop vague du problème sous?tend que leur enfant doit radicalement changer, ce qui lui est impossible. L'idée serait de définir de manière plus précise ce qui pose problème concrètement, et d'y aller étape par étape. Il est important de fixer des objectifs de changement réalistes, concrets et exprimés positivement. Il est illusoire de penser que l'enfant pourra changer l'ensemble de son attitude d'un coup. Mieux vaut cibler sur 1-2 comportement problématiques et l'encourager à les atteindre. Par exemple, les enfants agités se lèvent très souvent à table, ce qui énerve beaucoup les parents. Une piste serait, non pas de leur demander d’arrêter de se lever, mais de leur octroyer 2 ou 4 opportunités de se lever durant le repas. Ceci a pour effet de diminuer la fréquence du comportement dérangeant, de manière positive. La aussi, c'est important de le féliciter si le but est atteint.

Il est également important que l'enfant puisse percevoir visuellement ses progrès. Ces enfants sont focalisés sur l'instant présent, et ont donc de la peine à se motiver à long terme. En utilisant des moyens concrets, comme des gommettes, un tableau avec des pincettes ou un bocal à remplir de perles. De cette manière, il aurait toujours la possibilité de se référer à ses acquis, de manière visuelle. Cela rejoint l'idée qu'il est primordial de féliciter l'enfant pour chaque effort accompli, plutôt que de le sanctionner pour les choses qui ne fonctionnent pas.

 

Pour informations et contact: 

www.aspedah.ch : Association suisse romande de parents d'enfants avec déficit d'attention/hyperactivité.

laure-anne@yathalmann.ch