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Centre de Compétences Prévention VIH-IST - Charlotte Gilliard

Les activités du centre de compétences prévention sida par Mme Charlotte Gilliard.

Bonjour Charlotte,

Je te remercie d'avoir accepté de nous présenter ton activité de prévention SIDA au Centre de Compétences Prévention VIH-IST, dans l'équipe des Georgette in Love - autrefois nommé Point Fixe. Cette structure, qui faisait partie du CSP, est rattachée à Profa depuis janvier 2011, mais les activités de prévention sont globalement restées les mêmes.

Quels sont les objectifs de cette structure au sein de PROFA?

En fait, l'objectif de cette structure n'a pas fondamentalement changé: il est resté celui de faire la prévention du virus du sida (VIH) ainsi que des infections sexuellement transmissibles (IST) auprès de la population générale, et plus particulièrement des jeunes.

L'équipe des Georgette in Love compte des intervenant-e-s en prévention entre 20 et 30 ans. Nous sommes toutes et tous étudiants, et faisons ce travail parallèlement à nos études.

Dans mon travail, c'est la prévention par les pairs qui est privilégiée. L'intérêt de cette approche est de permettre de créer un climat de confiance et horizontal, et que les jeunes puissent s'identifier à nous et à notre discours. L'idée en quelque sorte est de se mettre au même niveau que les jeunes que nous voyons, afin d'avoir le meilleur impact positif possible. Notre travail consiste donc à transmettre un message de prévention simple et clair, par les jeunes et pour les jeunes. Cette sensibilisation et cette prévention par les pairs constituent une démarche unique au sein des différents services que propose la Fondation Profa.

 

Tu m'as dit que l'équipe d'animateurs était constituée d'étudiant-e-s mais peux-tu en dire un peu plus?

Les animateurs sont en effet tou-te-s étudiant-e-s issu-e-s de diverses branches et facultés: Étudiants en école sociale, infirmier, étudiante en lettres, en Sciences Sociales et Politiques, en sport, en cinéma....

L'équipe est composée de 12 intervenant-e-s: 6 filles et 6 garçons, et nous travaillons la plupart du temps en binôme mixte.

Différentes orientations sexuelles et identités de genre sont représentées au sein de l'équipe, ce qui est fondamental pour ce travail: vivre la différence et la diversité au sein de l'équipe est primordial afin de promouvoir un message de prévention qui soit inclusif des minorités LGBT (lesbiennes, gay, bisexuel-le-s, transgenres), c'est-à dire qui prenne en considération la question des diversités en matière de sexualité, que ce soit la diversité des pratiques sexuelles indépendamment des orientations sexuelles.

Notre travail est rémunéré et à l'engagement nous signons un contrat à durée indéterminée. Nous ne sommes pas des professionnel-le-s à proprement parler, cependant nous sommes des personnes compétentes dans le domaine de la prévention VIH/IST, au bénéfice d'une formation continue, d'un suivi individuel de la part de notre responsable d'équipe, et de deux supervisions par année avec une psychologue.

Les formations qui nous sont dispensées abordent divers sujets comme par exemple l'homophobie, la norme et les stéréotypes, les messages de prévention positifs, le porno, la gestion de situations délicates, internet et les jeunes, etc.... en fait, plus ou moins tous les sujets qui concernent les jeunes que nous rencontrons.

 

Dans quel contexte intervenez-vous?

Nous intervenons principalement en milieu scolaire, dans les gymnases ou écoles pré-professionnelles, à la demande des établissements. Nous sommes également présent-e-s en milieu festif, que ce soit dans les festivals, dans des manifestations publiques, dans les bars et dans la rue également.

Dans le milieu scolaire, nous intervenons sous forme d'ateliers participatifs, destinés à des élèves entre 14 et 20 ans généralement.

Par exemple, nous proposons un atelier « sexualité », qui nous permet d'aborder les représentations de genre, la question de la norme, de la diversité, du plaisir, mais on peut aussi parler d'homophobie, de putophobie ou de pornographie. Pour ce dernier thème, nous utilisons comme support des images que nous appelons « pornochic ». Il s'agit d'images de pub tirées principalement de magazines de mode ou de couture et qui sont un peu particulières et à évocation très ambiguë, puisqu'elles sont à la croisée de la photo "de mode" et la photo "de charme".

A partir de ces images, nous amenons les jeunes à se questionner par rapport à ce qu'ils et elles voient et à nous donner leur avis. Nous discutons de la représentation des genres masculins et féminins, des normes qui sont associées à ces représentations dans la société actuelle, des stéréotypes sexuels véhiculés, de la notion de plaisir, de respect, de diversité… la progression de l'atelier nous amène alors à conclure notre réflexion avec un message de prévention relatif à la sexualité et à la prévention du VIH et des IST. Il s'agit pour nous de promouvoir un message de prévention positif dans le sens ou il n'est pas jugeant et qu'il inclut les diversités de pratiques sexuelles et d'orientations.

Nous faisons aussi un autre atelier qui marche bien: l'atelier « théatre-forum » dans lequel nous proposons aux jeunes de jouer des petits sketches qu'ils et elles créent sur des thématiques liées à la sexualité, après avoir fait un brainstorming collectif autour du mot VIH ou IST.

Il existe aussi d'autres ateliers comme l'atelier vidéo et un atelier questionnaire, mais que nous utilisons dans une moindre mesure. Comme mentionné précédemment, nous faisons une série d'interventions en milieu festif et urbain: prévention dans la rue, dans les bars, dans les festivals, girons de jeunesse, carnavals, fêtes de jeunesse. Là, nous procédons principalement à de la distribution de préservatifs et de brochures d'informations. Ces moments moins formels nous mènent parfois à des discussions très intéressantes, des échanges extrêmement touchants, et bien souvent à des moments géniaux avec le public.

 

Quel est votre public cible?

Ce sont les jeunes du canton de Vaud, et la population que nous rencontrons a entre 15 et 30 ans environ. Dans les classes, bien sûr, ce sont les plus jeunes mais dans les festivals, il nous arrive de discuter avec des trentenaires et plus, s'ils se sentent concernés par la thématiques que nous abordons. En plus de la population générale, il nous arrive également d'effectuer des actions auprès de la population HSH (hommes ayant du sexe avec d'autres hommes) et dans la communauté LGBT, en partenariat avec d'autres organismes de prévention romands.

 

Quel est ton rôle au sein de cette structure?

Je suis intervenante de prévention VIH et IST dans l'équipe des Georgette in Love. Cela fait 2 ans et ½ que j'ai commencé, exactement en mai 2009, en plus de mon Master interdisciplinaire en droit de l'enfant.

C'est un engagement de quelques heures par mois mais cela peut être plus selon les périodes, comme par exemple cet été durant lequel je me suis beaucoup investie dans un projet de prévention pour les festivals. C'était le projet intitulé "l'Empire des Sens", dont le mot d'ordre était "lutter contre le SIDA, c'est aussi lutter pour la diversité". Ce projet visait à aborder la diversité des pratiques et orientations sexuelles avec le public, afin de lutter positivement contre le SIDA.

Mais en général le rythme est d'un atelier de 1h ½ tous les 15 jours, ce qui demande aussi une préparation ainsi qu'une mise à jour constante des connaissances sur le sujet. Il faut être au courant de la stratégie nationale de lutte contre le SIDA, des derniers traitements, des derniers messages de prévention, etc.

Pour ce qui est des ateliers, nous sommes le plus souvent deux intervenant-e-s pour des groupes de 6 à 20 jeunes.

 

As-tu constaté une évolution dans la prévention, les connaissances du public...depuis tes débuts dans cette structure qui était Point fixe à l'époque?

Pour ce qui est de l'évolution dans la prévention, la réponse est oui: depuis que j'ai commencé, la stratégie nationale a été revue, les publics cibles redéfinis, et les messages de prévention ont été réadaptés à la situation locale actuelle. Nous faisons un gros travail autour de la question des IST, ce qui n'était pas le cas auparavant. Au niveau d'une évolution des connaissances des jeunes, c'est difficile à évaluer…je ne peux pas dire que j'aie vu de changements frappants en deux ans et demi de travail de prévention. En grande majorité, les jeunes ont des notions de base plus ou moins précises, mais cela varie beaucoup des lieux dans lesquels nous allons. Mais je n'ai pas l'impression qu'ils soient plus ou moins bien informés qu'avant.

En revanche, au niveau personnel, c'est un travail très enrichissant, car il n'est pas évident de parler intimité et sexualité avec des inconnus. Faire de la prévention c'est parler de santé sexuelle, mais c'est aussi parler du corps, des relations, de son rapport à soi, aux autres, de sa place dans la société. Finalement ce sujet de prévention touche à de nombreux domaines et cela engendre beaucoup d'échanges avec l'équipe, en vue des rencontres avec les jeunes.

 

Te souviens-tu d'une rencontre ou d'un moment fort partagé avec les jeunes, que tu pourrais nous livrer?

Il y a plusieurs moments dont je me souviens mais il m'en revient un en particulier. C'était à mes tout débuts, lors d'un festival à la vallée de Joux. J'ai vécu un moment très touchant avec une jeune fille de 15 ans, qui vivait une période difficile, qui était très seule face à ses peurs et ses doutes. J'ai eu avec elle une conversation extraordinaire, très authentique, extrêmement touchante. En l'espace de 45 minutes, elle m'a confié une part de sa vie émotionnelle, sexuelle et affective qu'elle n'avait confié à personne d'autre jusque là. Nous avons pu échanger, j'ai tenté de lui apporter un maximum de conseils et de soutien par rapport à sa situation. Elle est repartie avec des préservatifs, des brochures d'information et l'envie d'appeler le planning familial pour trouver du soutien et s'en sortir. Je pense à elle parfois, et j'espère qu'elle a appelé. Cet échange était et reste un moment très fort pour moi.

 

Merci, Charlotte, pour ce témoignage.

Voilà, nous arrivons au bout de l'interview aimerais-tu donner ton mot de la fin?

La sexualité, c'est fait pour se faire du bien. Mais sortez couverts!

Merci pour ton temps et l'enthousiasme que tu montres dans cette activité de prévention très utile aux jeunes.

Bonne continuation!