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Association Synapsis - Audrey Linder et Kim Andenmatten

Interview avec Audrey Linder, présidente de l'association Synapsis et Kim Andenmatten, l'un de ses cofondateurs

 

 

Bonjour et merci de votre disponibilité.

Pour commencer, pourriez-vous me dire quelques mots sur la création et les buts de Synapsis ? 

Kim Andenmatten : J’ai découvert une pièce de théâtre musicale appelée « Next To normal » en 2007, elle raconte l’histoire d’une mère de famille bipolaire. Fin 2015, André Vauthey (médecin) et moi-même avons alors réfléchi à créer une association qui nous permettrait de produire cette pièce de théâtre en Suisse Romande.  Nous nous sommes aperçus que ce projet nécessitait beaucoup d’argent, nous avons alors décidé d’en réaliser un intermédiaire qui permettrait de nous faire connaître et gagner en crédibilité. Nous avons alors créé Synapsis, une association qui aborde les maladies mentales en passant par des canaux artistiques (théâtre, peinture, musique etc.). L’exposition photographique nous est apparue comme un bon moyen pour aborder la bipolarité car c’est un médium populaire qui permet plus facilement de toucher les gens.

Audrey Linder :  Pour mettre en place cette exposition, nous avons fait un certain nombre de demandes de financement, peu ont accepté. Nous sommes donc passés par le Crowdfunding qui nous a permis de monter l’exposition bipolaire, mais ça n’aurait pas suffi pour la pièce de théâtre. Nous espérons avoir pu acquérir une certaine crédibilité afin d’obtenir plus facilement des financements pour les prochains projets.

Nous avons décidé d’exposer notre projet sur la bipolarité pendant une période de 2 ans, dans des galeries liées au milieu psychiatriques ainsi que des plus classiques.  Nous voulons vraiment toucher un public large.

Kim Andenmatten : La pièce de théâtre était donc un des moteurs de la création de lSynapsis. En parallèle, nous voulions également dédramatiser et déstigmatiser les maladies mentales, en ouvrant le dialogue entre les médecins, les gens touchés par la maladie et les artistes intéressés par le sujet. Lors des vernissages, beaucoup de gens sont venus ; des personnes souffrant de la maladie ou des proches, des gens du milieu psychiatrique ou du domaine artistique. C’était un mélange intéressant du public car ces gens ne se rencontrent pas habituellement. Nous avons d’ailleurs eu de très bons retours puisque ça a permis à des personnes de domaines différents de découvrir et discuter ensemble. Dans mon entourage, cela a aussi permis à certaines personnes de se livrer sur la maladie. J’ai été très touché.

Nous remarquons également qu’il y a de l’intérêt et un public pour ce que nous faisons. Effectivement, après le premier vernissage, les lieux d’exposition ont été beaucoup plus réactifs et intéressés à nous accueillir car ils se sont rendus compte que nous avions créé une émulation. D’ailleurs, tout le monde n’a pas pu entrer à notre 1er vernissage.

 

Pourquoi le nom « Synapsis » ?

Kim Andenmatten : Une synapse est une connexion entre deux neurones, et le but de notre association est de créer des échanges et des connexions entre les milieux artistique et psychiatrique. Ça faisait sens. De plus, Synapsis faisait un lien aussi avec synopsis, qui est le résumé d’un film.

 

Vous êtes une petite association qui semble composée de représentants venant de plusieurs horizons, pourriez-vous m’en dire plus sur vos trajectoires professionnelles ?

Audrey Linder : J’ai obtenu un master en sociologie en 2011, mon travail de mémoire portait sur la réinsertion des patients psychiatriques. Par la suite, j’ai travaillé à différents endroits, mais toujours dans la sociologie de la psychiatrie et de la santé mentale. Depuis 2013, je réalise un doctorat sur le rétablissement des patients psychiatriques. Dans l’association, je représente plutôt le pôle « maladie mentale.

Kim Andenmatten : Je représente le côté artistique de l’association. J’ai un CFC en multimédia, un Bachelor en graphisme ainsi qu’un master à l’ECAL en direction artistique et photographie. A coté du graphisme, j’ai aussi fait le conservatoire en théâtre musical, c’est aussi comme ça que j’ai découvert la pièce de théâtre « Next To Normal ». André, l’autre fondateur a fait médecine et maintenant il est parti à New York faire une école de comédien, donc il porte le côté « médical » et aussi le côté « artistique ».

Il y a également Charlyne Riem qui est la trésorière de l’association, elle est impliquée dans le domaine artistique, elle est cheffe de projet à la RTS.

Elsa Nguyen, la secrétaire générale de l’association, travaille comme assistante archiviste.

Audrey Linder : Nous sommes tous impliqués dans beaucoup de choses. C’est intéressant par rapport aux buts de l’association d’avoir le côté médical, artistique et psychiatrique. Aussi, en termes de réseaux, nous avons pas mal de contacts à nous trois, ce qui nous aide dans nos projets pour l’association. Nous essayons de bien communiquer chacun dans notre domaine, et nous avons pas mal de ressources à nous tous. 

 

Comment s'organisent les exposition, les choix du thème, des artistes et intervenants? 

Kim Andenmatten : « Bipolaire » est notre première exposition. Pour intégrer les photographes, nous avons fait un appel à projets qui a essentiellement été diffusé sur internet. Nous demandions aux photographes intéressés de nous envoyer des croquis, une description du projet, la manière dont ils souhaitaient aborder la maladie du point de vue artistique. Les gens nous ont envoyé des dossiers et sur cette base nous nous sommes concertés et nous avons décidé qui nous voulions intégrer. En parallèle, nous avons lancé des invitations à des photographes que nous aimions beaucoup. Et s’ils disaient oui, ils avaient carte blanche.

 

Le choix du thème s’est fait en lien avec la pièce de théâtre que nous souhaitons monter. Nous ne voulions pas aborder toutes les maladies en même temps, pour que les gens ne fassent pas de raccourci. A la base, nous voulions faire des cycles de deux ans pour chaque maladie. Mais le projet « Bipolaire » nous a déjà pris 2 ans, entre le moment où nous avons lancé l’appel à projets et le moment du dernier vernissage, cet automne à Fribourg. 

 

Quel a été l’impact d’une telle démarche sur les artistes ? Avaient-ils un lien avec la maladie mentale ?

Kim Andenmatten : Certains photographes étaient concernés par la maladie. Ils la connaissaient, soit de l’intérieur, soit de l’extérieur car ils avaient une personne plus ou moins proche qui en souffrait. Et d’autres photographes n’avaient aucun lien avec la maladie. Ils se sont renseignés. C’est aussi ça qui a donné toutes ces approches différentes. C’était une volonté de l’association d’avoir tous ces regards avec des photographes concernés ou non, amateurs et professionnels. La plupart ont été surpris du monde qu’il y a eu au premier vernissage à Dém’Art, au Flon. Ils ont beaucoup appris lors des conférences et ont été très touchés. Plusieurs ont proposé que nous les contactions pour une suite. Comme les maladies mentales sont liées au cerveau, à la tête, du point de vue créatif les possibilités sont infinies.

Audrey Linder : En termes d’impact, ça dépend aussi des types de projet. Typiquement, nous avons eu un projet d’Alain Kissling, où l’impact est plus important car son principe de travail est d’aller au contact des gens touchés par la maladie. Au départ, il avait trois photos. Au fur et à mesure des vernissages, des gens l’ont contacté, ils s’intéressaient à sa démarche et voulaient participer à son projet. Son projet a donc augmenté au fur et à mesure des expositions, en ajoutant de nouvelles photos avec de nouvelles personnes. Ainsi, il est touché plus directement car il rencontre de plus en plus de personnes qui souffrent de troubles bipolaires. D’autres photographes ont rencontré des gens bipolaires pour s’imprégner du vécu d’une personne concernée par la maladie. Cela a impacté les photographes de façon différente et variée. 

 

Quels ont été les échos du public par rapport à ces expositions et ces conférences ?

Kim Andenmatten : Super, nous ne savions pas à quoi nous attendre pour le premier vernissage, car nous partions de rien. Bon, nous avions déjà vu, sur Facebook, que le projet prenait de l’ampleur, il y avait environ 400 personnes qui avaient dit sur facebook qu’elles viendraient, et environ 1'500 qui étaient « intéressées ». Mais nous ne savions pas si elles se déplaceraient, et puis finalement oui, il y a eu vraiment beaucoup de monde à Dém’art. Nous avons eu des retours positifs sur l’exposition. Il y a même des gens qui n’y croyaient pas. D’ailleurs, des gens qui sont bipolaires ont été étonnés que nous parlions de ce qu’ils vivent tous les jours. 

Audrey Linder : Nous avons eu des échos positifs de la part du public et des photographes. A la base,  nous voulions payer les photographes mais nous n’avons pas reçu les financements espérés. Nous avons averti les artistes que nous ne pourrions pas les payer et qu’ils pouvaient se retirer du projet s’ils le souhaitaient. Mais les artistes ont voulu continuer car ils étaient intéressés et touchés par notre démarche. Pour les vernissages, nous demandons toujours à une personne concernée, un proche et un psychiatre de venir parler de leur vécu des troubles bipolaires, et nous trouvons facilement des gens. Les gens sont intéressés à venir en parler, et ils le font gratuitement, sur leur temps libre. Cet engouement, c’est aussi ce qui nous motive. 

Kim Andenmatten : A partir du 2ème vernissage, il y a des photographes qui sont venus nous voir pour faire partie de l’exposition. A Genève, à la Villa Dutoit, on a intégré 4 nouveaux artistes.

 

Quelle est votre représentation de la maladie mentale en quelques mots ?

Kim Andenmatten : Une des images de l’exposition est la mienne. Je l’ai mise dans la 1ère exposition en toute petite. Ensuite, des gens sont venus dire qu’ils l’auraient voulue en plus grand, j’en ai donc fait un grand tirage. Afin de la réaliser, j’ai cherché des témoignages sur internet. J’en ai trouvé un qui m’a particulièrement touché. C’était celui d’une femme qui parlait d’invisibilité, d’absurdité. En reprenant ses mots, j’ai créé ma façon de voir les troubles bipolaires. Donc c’est ça, ma représentation de la maladie mentale.

Audrey Linder : C’est difficile de répondre à cette question, parce que la maladie mentale, c’est mon travail de recherche quotidien. Tout mon travail tourne autour de la complexité de vivre avec ces maladies. Je dirais que ma représentation est qu’il y a beaucoup de souffrance dans le quotidien de ces gens, à la fois par la maladie et par l’image très stigmatisée que la société peut leur renvoyer où certaines personnes disent parfois que ce sont « des flemmards » et qu’ils « n’ont qu’à se bouger » ou « retourner au travail ». Parfois même leurs proches tiennent ces propos. Certains patients que je rencontre, dans le cadre de mes recherches, me parlent aussi de leur sentiment de ne pas faire partie de la société. Je travaille avec des patients qui sont plutôt dans la chronicité, et c’est un apprentissage de vivre avec la maladie. Je vois à quel point c’est compliqué. Je ne sais pas quelle est ma représentation, j’ai une approche plus théorique, sociologique, alors que Kim en a une approche artistique .

 

Comment envisagez-vous la suite pour Synapsis, vous avez prévu de nouveaux projets ?

Kim Andenmatten : La prochaine exposition Bipolaire a lieu à l’hôpital de Cery. En tout il y aura 6 vernissages, celui-ci est l’avant-dernier, le dernier aura lieu à Fribourg. Pour l’instant, nous sommes tous beaucoup pris par nos emplois respectifs. Le co-fondateur, André, est à New York. Donc c’est compliqué de parler de la suite. Nous nous laissons encore le temps de mûrir sur l’exposition bipolaire et de la terminer. A la fin du dernier vernissage, nous allons nous poser pour savoir qui est encore motivé et quels projets nous voulons développer. Nous avons déjà eu des propositions pour la suite, mais pour l’instant nous n’avons même pas encore réglé les derniers vernissages, ce n’est pas encore le bon moment. 

Audrey Linder : Le but est que notre démarche se poursuive, que nous fassions d’autres projets ainsi que la pièce de théâtre musical, Next To Normal. Nous aurions besoin de faire un autre projet intermédiaire avant d’y arriver. Il y a beaucoup d’idées qui émergent et les choses mûrissent. Nous nous réjouissons d’ailleurs puisque l’exposition bipolaire a bien vécu. Elle a fait plus de bruit que ce que nous pensions. La suite est intéressante à développer. 

Le prochain vernissage aura lieu à ERGASIA, la galerie de l’hôpital de Cery, le 13 juillet à 17h. L’exposition sera présente du 14 juillet jusqu’au 29 juillet, les visites sont le mercredi, jeudi et vendredi de 14h à 18h.  

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre à mes questions, et bonne suite à vous!