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Le jeu vidéo, un outil thérapeutique - Niels Weber

Regard du jeu vidéo comme un outil thérapeutique, interview à M. Niels Weber

Bonjour Niels, merci de répondre à cette interview sur votre pratique des jeux vidéo en thérapie. Vous êtes psychologue FSP et travaillez actuellement à Consyl (Consultation Systémique de Lucinge) comme psychologue assistant en thérapie familiale, sous la délégation du Dr. Salem. Vous travaillez également à l’association Rien ne va plus, comme chargé de projet. Cette association s’occupe de la prévention contre le jeu excessif, à Genève. Racontez-nous comment vous est venue l’idée d’utiliser les jeux vidéo en thérapie ?

A la base, je suis moi-même joueur.  J’en avais assez de constater qu’à chaque fois qu’un événement violent ou qu’une fusillade impliquait des jeunes, les médias l’expliquaient par la pratique des jeux vidéo violents. J’ai alors profité de mon cursus universitaire en psychologie pour creuser moi-même la question. J’ai donc étudié la façon dont les jeux vidéo pourraient avoir un impact sur le joueur. J’ai découvert notamment les travaux de Serge Tisseron qui propose d’utiliser les jeux vidéo à des fins thérapeutiques.

Mon intérêt pour le sujet m’a également permis de faire la connaissance de l’Association Swissgamers, pour laquelle je fais également des conférences de prévention. Par le biais de ces différentes sources, je me suis penché sur l’utilisation des jeux vidéo en thérapie et sur la création d’un groupe thérapeutique qui s’articule autours des jeux vidéo, à Consyl. Cela fait maintenant un an que j’ai initialisé le projet, à l’aide d’un co-animateur.

 

A qui s’adressent ces thérapies basées sur les jeux vidéo et quels en sont les intérêts ?

C’est un groupe qui est ouvert aux jeunes de 14 à 18 ans, qui ont un intérêt pour les jeux vidéo et qui souffrent de problématiques directement ou indirectement liées aux jeux vidéo. Par exemple, cela s’adresse à des jeunes qui ont des problèmes de socialisation, de jeu excessif ou de violence, ou encore de tensions familiales autour de la pratique du jeu.  Le but étant de pouvoir entrer en communication avec ces jeunes sur un terrain dans lequel ils sont à l’aise. On utilise un média qu’ils connaissent très bien pour en faire quelque chose de constructif. Nous visons également à favoriser un regard critique et constructif sur la pratique du jeu, plutôt que de moraliser les adolescents. Nous essayons de leur donner des clés pour les aider à construire un discours avec leurs parents, qui souvent n’y connaissent rien et se sentent dépassés.

L’intérêt de cette pratique dans la thérapie est une sorte de version moderne de l’utilisation du dessin avec les enfants, dans le sens où on ne passe pas uniquement par un mode de communication verbal, mais aussi par quelque chose de non verbal et de ludique. Cela permet de palier à certaines difficultés de communication et d’expression de sentiments. D’une certaine manière, c’est réconfortant pour les jeunes de partager avec un adulte un domaine qui les passionne, alors que d’habitude c’est un sujet de dispute avec leurs parents.

 

Expliquez-nous le déroulement et les principes de ces séances de thérapie.

Les séances ont lieu une semaine sur deux, à raison de 90 minutes par séance, et réunissent 2 à 6 jeunes. Nous sommes deux adultes à animer le groupe, et choisissons un jeu différent pour chaque séance. Nous essayons de proposer un jeu qui ne soit pas un hit des ventes, mais favorisons des jeux moins connus. D’une part pour être cohérent avec la norme PEGI et respecter l’âge minimum pour jouer, et d’autre part pour faire découvrir d’autres jeux plus anciens, ou moins connus des jeunes.

La règle numéro 1 du groupe est que chaque personne présente doit jouer au moins une fois durant la séance. Après une brève introduction au jeu, nous jouons tous ensemble, pour créer un climat décontracté et de partage, propice au débat qui s’en suivra. Cette phase de jeu dure 45 minutes. Ensuite, durant le reste de la séance, nous ouvrons la discussion sur le jeu lui-même d’abord (ce qui a plus dans le jeu, ou à l’inverse ce qui a déplu), puis petit à petit on se détache du jeu pour parler du lien que chaque jeune entretien avec les jeux, en relation aux problématiques de départ qui les ont amenés dans le groupe. 

Une session comprend 5 séances. Le groupe reste normalement fermé durant une session, afin de créer un lien de confiance entre les jeunes et les animateurs du groupe. En principe, la dernière séance de chaque session se fait avec tous les parents, dans l’optique d’engager une discussion, entre eux et les jeunes. Ce processus s’inscrit dans une vision systémique de la dynamique familiale.

 

Comment vous est venue l’idée de créer ces groupes ?

Je me suis inspiré d’un article de Tisseron, où il parle d’aider des jeunes souffrant de jeu excessif en les faisant jouer en groupe. Après avoir contacté Tisseron, j’ai repris ce concept pour l’adapter à un contexte de thérapie familiale. Alors que dans son groupe, les jeunes souffraient d’une pratique excessive du jeu, dans le notre les problématiques sont plus diverses.

 

Et comment les parents ont accueili la proposition de faire jouer leurs enfants aux jeux vidéo chez le psy ?

Plutôt bien, car ceux que j’ai rencontrés étaient plutôt contents et rassurés de voir que l’activité était cadrée, et que cela pouvait être bénéfique pour le jeune et pour le climat familial. Globalement, notre démarche reçoit un bon accueil auprès des parents.

 

Quels résultats avez-vous obtenus avec cette méthode ?

Les parents, mais surtout les jeunes, disent avoir observé une diminution des tensions au sein de la famille. Mon hypothèse est que ces jeunes ont réussi à instaurer un dialogue sur les jeux vidéos avec leurs parents. En fait, les jeunes ont déjà les clés en main, dans le sens où ils ont des connaissances que les parents ne valorisent pas forcément. Le fait de pouvoir expliquer quelque chose aux parents leur permet de prendre conscience que la communication est possible. En utilisant le média pour rapprocher jeunes et parents, le jeu vidéo devient une solution plutôt que le problème.

 

Quelles sont vos perspectives futures avec cette méthode ?

La prochaine étape consistera  à amener les parents à prendre part au jeu, afin de pouvoir créer un intérêt commun avec leurs enfants. L’idée est de montrer aux parents que c’est une chose positive de s’intéresser à ce que font leurs enfants, sans pour autant les forcer à devenir adeptes du jeu vidéo !

 

Comment expliquez-vous la tendance des parents à accuser les jeux vidéos d’être à l’origine des problèmes que rencontrent leurs enfants ?

Je comprends ces inquiétudes, elles sont légitimes mais non justifiées. Très souvent, les parents connaissent peu ou mal l’univers des jeux vidéo, et ce qu’ils voient dans les médias n’aide pas à en avoir une image positive. En effet, même si l’image du jeu a évolué ces dernières années, on observe souvent des raccourcis inadéquats et une vision linéaire de l’impact des jeux vidéo dans la vie des joueurs.

Il y a aussi une tendance à chercher une explication aux difficultés que rencontrent les jeunes dans un facteur unique, plutôt que d’avoir une vision circulaire de la problématique. Or le fait de placer le jeu jeu vidéo au centre des débats entre les parents et les leurs enfants permet de rompre les à priori, et d’avoir une vision plus globale des problèmes que rencontrent leurs enfants.

 

Est-ce que vous auriez des recommandations à donner aux internautes de Telme, dont les enfants jouent régulièrement aux jeux vidéo ?

Il est important de ne pas diaboliser le sujet ! Tout n’est pas noir dans les jeux vidéo, mais tout n’est pas rose non plus ! Il est important de favoriser le dialogue avec le jeune, et de s’intéresser aux activités pratiquées par ses enfants. C’est l’occasion d’utiliser le jeu vidéo comme un moyen d’aller à la rencontre du jeune. 

De plus, il ne faut pas faire l’amalgame entre jeu violent et et jeu excessif ! Les deux problèmes peuvent coexister, mais restent différents. Il est par ailleurs important d’être attentif à la norme PEGI, représentée sur la boite de tous les jeux. C’est un bon outil pour savoir si un jeu est adéquat ou non pour un enfant, en fonction de son âge. Quant à savoir si la pratique est excessive ou non, c’est quelque chose de difficile à quantifier. On se base surtout sur la notion de souffrance, qu’elle soit du joueur ou de son entourage, pour qualifier une situation  de problématique.

Enfin, il existe de nombreux sites sur internet qui peuvent fournir de très bonnes pistes aux parents. Il y a entre autres le site de SOS Jeux, dans lequel figure des adresses et numéros de téléphone par canton.

 

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