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Programme Triple P: Pratiques Parentales Positives - France Frascarolo

Interview avec France Frascarolo, Docteur en psychologie et co-responsable de l'Unité de Recherche

du Centre d'Etude de la Famille (IUP / DP/ CHUV) ainsi que Privat-docent et chargée de cours à l'UNIL

 

 Bonjour et merci pour votre disponibilité pour cette interview !

 Pour commencer, pourriez-vous me dire quelques mots sur la création et les buts du Triple P ? 

Le triple P est un programme de soutien à la parentalité créé en Australie, dans les années 80, par Matt Sanders à l’université de Queensland. Le but principal de ce programme est d’aider les parents à se sentir mieux dans leur rôle et leur place parentale ; ceci par une meilleure connaissance du rôle de parent et par l’apport d’outils concrets à mettre en place au quotidien. L’objectif sous-jacent est de promouvoir une éducation parentale qui favorise le bon développement de l’enfant et son épanouissement, permettant ainsi la prévention d’éventuels troubles de comportements ou troubles émotionnels. Pour ce faire, le programme a été créé (et ajusté) sur la base de résultats de recherches scientifiques.

Qui peut participer au programme Triple P et comment il s’organise ?

Tout parent d’enfants âgés entre 2 et 12 ans peut y participer. Il n’est pas nécessaire que les deux parents soient présents même si, dans un but de cohérence, de soutien et de coopération dans le co-parentage, la présence des deux parents est préférable. Le programme propose actuellement deux types d’interventions en français : les « groupes de parents » et la « consultation individuelle brève ». Le groupe de parents permet de mettre en place ou de consolider un ensemble de compétences parentales. Il s’organise en 4 ou 5 séances de groupe ainsi que 3 ou 4 contacts téléphoniques hebdomadaires sur un total de 8 semaines. Les contacts téléphoniques sont proposés dans l’objectif de discuter individuellement les éventuelles questions ou difficultés rencontrées dans la mise en pratique du cours. La consultation individuelle brève, en revanche se fait individuellement sur 4 séances hebdomadaires de 30 minutes au sujet de difficultés éducationnelles précises.

Quels sont les commentaires ou retour des parents suite à ce programme ?

Les parents sont généralement satisfaits de ce programme. Ils reçoivent en effet un questionnaire, à la fin du programme, pour évaluer le triple P et amener des commentaires utiles afin de l’améliorer. Les études actuelles montrent une grande satisfaction des parents ainsi qu’un effet positif durable sur le style éducatif des parents ainsi que sur les problèmes de comportements de l’enfant.

Quel est le niveau de formation des praticien-ne-s?

Les praticien-ne-s Triple P sont des professionnel-le-s ayant une formation de base dans le domaine de la santé, de l’éducation, du counseling ou du travail social.

Les intervenants ne sont donc pas forcément psychologues mais toute personne qui veut se former au Triple P doit suivre la formation et faire un examen final qui porte sur les connaissances et la mise en pratique dans un jeu de rôles. La formation est très cohérente par rapport au programme qui est offert car les intervenants, lors des mises en scène, expérimentent ce que les parents feront lors des séances. 

Il s’agit d’un programme pour les enfants jusqu’à 12 ans, mais qu’en est-il des pratiques parentales positives à l’adolescence ? Y aurait-il un programme similaire pour cet âge-là ?

Il existe effectivement un « Group Teen Triple P » qui s’adresse donc aux parents d’adolescents entre 12 et 16 ans. Les principes fondamentaux ne changent pas mais les pratiques et conseils sont adaptés aux comportements et difficultés d’un adolescent.

Parlons un peu de vous et de votre point de vue, quels sont les points forts du Triple P à votre avis ?

Je constate qu’une des forces principales de ce programme est de considérer l'éducation comme s'inscrivant dans la relation parent-enfant. Les parents viennent souvent avec des problématiques, par exemple liées à l’autorité, et cherchent des solutions faciles et concrètes pour se faire obéir. Le programme Triple P vise d’abord l'amélioration de la qualité de la relation entre le parent et l’enfant avant de se pencher sur les problèmes, de discipline. En effet, on ne peut pas travailler sur l’autorité parentale sans passer par le respect réciproque et le lien relationnel entre le parent et l’enfant. Un autre point fort du programme est la prévention de la violence. Plus particulièrement, par le travail sur la manière de gérer les comportements difficiles de l’enfant, on peut instaurer des pratiques visant le calme autant du parent que de l’enfant. Une autre chose que je trouve fondamentale est que le programme Triple P invite les parents à prendre soin d’eux. Le parent, en tant que personne, est pris en compte et aidé dans son épanouissement personnel et dans son indépendance. Par ailleurs, les parents sont invités à remplir des questionnaires d’autoévaluation, à se remettre en question et donc à faire un travail réflexif sur eux-mêmes. On vise aussi à renforcer la confiance en soi du parent. Relevons que les groupes de parents promeuvent aussi des échanges entre parents qui leur permettent de relativiser leurs difficultés et de s'offrir mutuellement du soutien. Pour terminer sur les points forts, le programme Triple P propose de mettre en place un cadre de vie (par exemple la maison) qui soit au maximum exempt de dangers pour que les parents soient moins inquiets et moins tendus, ce qui est propice à de meilleures interactions entre l’enfant et son entourage.

Quelle est votre représentation d’une pratique parentale positive ?

Une pratique parentale positive est un ensemble de comportements parentaux à adopter afin de faciliter la relation parent-enfant et de favoriser l’autonomie de l’enfant et son ouverture sur le monde externe, tout en posant des limites et des interdits, par exemple pour assurer la sécurité des enfants.

Dans quels cas et pourquoi vous conseillerez le programme Triple P à des parents ?

Je dirais que les parents font toujours de leur mieux mais que parfois ils aimeraient faire mieux. Par ailleurs, certains se sentent trop souvent dépassés, ou impuissants, ou encore s'inquiètent de la pénibilité de leur vie de famille et de ses retombées sur leurs enfants. Je conseillerais donc Triple P à ceux qui souhaitent trouver des aides, des outils, pour que leurs relations familiales et/ou leurs enfants aillent mieux. 

Auriez-vous quelque chose à ajouter pour la fin, peut-être un message ?

Dans tous les cas pour améliorer quelque chose de négatif il faut s’appuyer sur ce qui est positif, sur les ressources de la relation. A trop se fixer sur le négatif, on ne voit que ça  et on l'agrandit encore. On peut, par exemple, injecter du positif en recherchant activement et en soulignant les comportements positifs de l’enfant, afin d’élargir le regard porté sur l’enfant (en intégrant le positif et le négatif). Le positif amène du positif donc, en le renforçant, on peut entrer dans un cercle vertueux.

J’encourage aussi les parents à aller voir le site www.triplep.ch afin de mieux connaître ce programme ainsi que les différents ressources proposés (en particulier la brochure "Pratiques Parentales Positives" et le DVD intitulé "Guide de survie pour tous les parents"). 

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre à mes questions, et bonne suite à vous !