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Refuge Genève - Alexia Scappaticci

Interview de Mme Alexia Scappaticci, coordinatrice du Refuge Genève

 

Refuge Genève: Espace d'accueil et d'hébergement à court terme pour jeunes LGBT.

 

Thème(s): orientation sexuelle, identité de genre

Madame Alexia Scappaticci

Coordinatrice du Refuge Genève

Espace d'accueil et d'hébergement à court terme pour jeunes LGBT (lesbienne, gay, bisexuel-le, trans)

Madame Scappaticci, pouvez-vous d'abord présenter globalement la structure du Refuge Genève et ses objectifs ?

Nous répondons aux demandes de personnes en difficulté avec leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, ainsi qu’à leur entourage quel qu’il soit. L'idée est de répondre à une difficulté, les personnes venant échanger librement autour de cette question et avancer avec ce qu'elles sont. Cela se passe par le biais d'un accueil de jour et/ou d'un hébergement. L'équipe est composée de deux travailleurs sociaux, une éducatrice spécialisée et un assistant social, soutenus ponctuellement par des volontaires.

Il y a donc :

- un accueil de jour ouvert de 10h à 19h30, ouvert à tous, à tous âges (mineurs comme majeurs).

- un hébergement de deux appartements de 2 places chacun, pour une population de 18-25 ans.

A partir de quelles observations ou de quels événements avez-vous jugé utile d'ouvrir un tel service ?

Dialogai avait des demandes récurrentes de personnes qui se retrouvent à la rue à cause de leur orientation sexuelle ou de genre à qui on ne pouvait pas répondre. Nous avons ouvert le 31 mars 2015.

 

Ce phénomène est-il lié à un contexte particulier, familial ou autre?

Nous n’avons pas suffisamment de recul pour tirer des conclusions, mais pour l'instant un grand nombre de situations relèvent d'un contexte lié à la religion et à la culture, en opposition à l'homosexualité, toutes religions confondues. La situation la plus récurrente est un conflit avec la maman.

 

Quelle est votre philosophie au Refuge Genève ?

Viser le développement d’un processus d’autonomisation du jeune, la confrontation avec la réalité, avec ce qu'il est. A défaut de nommer l'homophobie, on parle d’incompréhension, de liens à restaurer, de sensibilisation sur les enjeux du coming out. A ce moment-là le jeune est très vulnérable. On doit être dans une démarche pédagogique, éducative, aussi bien avec le jeune qu'avec son entourage. Nous nous centrons autour de la demande. Si le jeune veut renouer avec sa famille, on l'aide. Si ça n'est pas le cas, on le soutient aussi. Le travail est centré sur lui, sur ses attentes.

Si un parent le demande, il peut être accueilli, comme les autres. On espère travailler aussi avec l'association « Parents d'homos » qui peut aussi intervenir auprès de la famille. Ce sont des parents d’homosexuels qui se montrent disponibles pour d'autres, pour dialoguer, ils ont le même vécu.

 

Quels sont vos critères (âge, coût, durée) ?

Aucun critère sur l'accueil de jour, qui est ouvert à toute personne qui a besoin d’aborder les questions autour de l’orientation sexuelle et de genre : jeunes, familles, professionnels…

Pour l'hébergement, ce sont donc des jeunes adultes de 18 à 25 ans, filles et garçons, en rupture avec leur milieu familial et qui se retrouvent sans solution de logement. L'homosexualité doit être la cause de ce problème de précarité. Lorsque des jeunes ont un revenu, ils participent à 10 % de leur revenu, s'ils n'ont rien, on fait ce qu'il faut pour qu'ils obtiennent des aides. Certains sont en formation, d'autres arrivent sans rien, sont en rupture avec tout.

 

Avez-vous des règles de vie plus ou moins précises ?

Il y a un règlement qui précise que les jeunes doivent se montrer autonomes du point de vue de l'hygiène et du ménage. Nous ne sommes pas un gîte, ce n'est pas juste un logement que nous offrons, nous attendons que le jeune ait envie d'avancer, de travailler sur sa problématique. On met en place des choses qui leur donnent envie de chercher ailleurs, de s'émanciper, le but n'est pas qu'ils restent mais qu'ils trouvent leur chemin.

 

Qu'attendez-vous de la part du jeune qui réside au Refuge ?

Il faut qu'il soit acteur de son accompagnement.

 

Comment traitez-vous la source du problème, le rejet ?

Nous nous centrons sur la demande du jeune et l’aidons à trouver ses propres solutions pour évoluer dans cette société.

Lorsqu'il y a une entrée en dialogue avec la famille, nous discutons sur ce qu'est l'homosexualité. Il s'agit de mettre des mots, de comprendre ce que ça leur fait vivre en tant que parents et de les aider à comprendre ce que vit leur enfant. On explicite, on crée du lien avec les gens, on oriente aussi beaucoup, par exemple à la consultation psychologique de Checkpoint Genève, centre médical pour hommes gays et bisexuels. Il arrive que les jeunes eux-mêmes soient dans un refus total de leur homosexualité, bien sûr nous y travaillons.

 

Avez-vous des ressources suffisantes au plan financier et dans l'équipe?

Les ressources financières sont à trouver année après année, rien n'est acquis. Nous sommes toujours à la recherche de volontaires, contactez-nous pour obtenir des informations plus précises !

 

Quels sont les critères qui permettent d'envisager de quitter le Refuge Genève ?

Le jeune peut rester 3 mois, renouvelable une fois, la condition c'est qu'il y ait un projet de vie, on n’accueille pas un jeune juste pour le logement. On peut dépanner, par exemple pour un jeune en transition entre famille et émancipation, mais ça reste dans le cadre d'un objectif précis.

 

Qu'avez-vous envie d'ajouter à notre échange ?

Il ne faut pas hésiter à nous contacter même si on a des doutes et quelle que soit la question.

Faire le pas de venir au Refuge Genève est parfois difficile. Il ne faut pas hésiter à venir accompagné-e-s si besoin. Nous assurons l'anonymat et la confidentialité. Chaque personne reste maîtresse de sa démarche en tout temps.

 

Je vous remercie de ces informations, bonne suite!

Pour prendre contact avec Le Refuge Genève, Adressez-vous à Alexia ou Loïc :

Dialogai

Association homosexuelle

Antenne de l'Aide suisse contre le sida

Membre de la Fédération genevoise des associations LGBT

13 rue de la Navigation

CP 69 – CH 1211 Genève 2

022 906 40 35