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Swiss Gamers Network - Nicolas Akladios

M. Nicolas Akladios présente Swiss Gamers Network

Bonjour Monsieur Akladios,  merci d'accepter de répondre à nos questions !

Pour commencer, pourriez-vous présenter l'Association « Swiss Gamers Network » en quelques lignes ?

Swiss Gamers Network est une association à but non lucratif fondée en 2005 dont les objectifs sont d’une part de réunir la communauté de joueurs et d’autre part de prôner une pratique responsable du jeu vidéo.

 

Quelles sont les prestations que vous proposez ?

Tout au long de l’année, nous organisons diverses activités en Suisse romande (tournois de jeux vidéo, démonstrations, salons, Polymanga, etc.). Ces événements s’adressent aux joueurs mais aussi parfois au grand public désireux de découvrir ce loisir.

D’autre part nous proposons des cours et présentations sur diverses thématiques du jeu vidéo : la violence dans les jeux vidéo, la pratique excessive, les jeux en ligne, les guildes et les clans, etc. Ces conférences que nous donnons auprès des associations de parents d’élève, des écoles et des centres professionnels permettent d’aider à réduire le fossé entre parents et enfants.

Nous éditons depuis 2006 une brochure de prévention avec le soutien du parrain de l’association le psychologue français Serge Tisseron. Cette brochure peut être commandée gratuitement en version papier à info@swissgamers.net ou téléchargée en pdf depuis www.swissgamers.net. 

Depuis écembre 2013, nous avons distribué 10'000 exemplaires en Suisse romande de la 3ème édition de notre brochure « Au secours mes enfants jouent aux jeux vidéo… ».

 

VRAI ou FAUX ?

Les jeux vidéos violents encouragent les comportements violents ?

Les jeux violents peuvent avoir une incidence sur le comportement de personnes déjà fragilisées. Mais lorsque des titres violents comme GTA 5 ou Call of Duty ou Battlefield se vendent à plusieurs millions d’exemplaires la semaine de leur sortie, on n’a pas en parallèle une augmentation de la violence ou des cas de violence auprès de la communauté de joueurs. Il ne faut pas non plus confondre excitation et violence. Jouer à des jeux vidéo génère une charge émotionnelle pour le joueur ; cette charge doit être libérée : après ou durant la phase de jeu.

 

Les jeux vidéos rendent les joueurs « asociaux » ?

Il est effectivement possible de « s’enfermer » dans un jeu. La particularité du jeu vidéo est qu’il accapare 100% de votre attention, à la différence d’une autre occupation (comme regarder la télé ou recoudre vos chaussettes) votre esprit est trop occupé pour penser à autre chose qu’au jeu ; du coup, certaines personnes sont tentées de s’y réfugier afin de fuir et d’oublier les problèmes du quotidien (échec sentimental, professionnel ou scolaire ; décès ; etc.). Une fois encore il s’agit de comportements possibles mais marginaux. Les jeux en ligne favorisent les échanges entre joueurs du monde entier. En plus des interactions en ligne classiques, des clans ou des guildes se forment et permettent aux personnes aux mêmes aspirations de se retrouver et de partager des moments de jeux.

 

Les jeux vidéos peuvent-ils provoquer une réelle dépendance ?

Sûrement, une fois encore chez des personnes déjà fragilisées ; dès qu’il y a perte de contrôle et souffrance, il y a dépendance. Il est difficile d’avoir des chiffres, mais on estime à 3-5% le nombre de personnes qui souffrent de pratique excessive (qui jouent sans pouvoir se contrôler). A noter que cette pratique est plus inquiétante chez les adultes ; les enfants et les jeunes ont des passions qui varient souvent : il vont jouer énormément pour une période définie, puis passer à autre chose rapidement : une autre passion, l’apprentissage ou les études supérieures, une relation amoureuse, etc.  ; la pratique excessive, une fois ancrée chez un adulte, est souvent plus destructrice avec des impacts très forts et négatifs sur la vie de famille, le travail ou les relations sociales de l’individu.

Note : Désolé, mais ca fait 8 ans que je traite ces questions et c’est impossible pour moi de répondre simplement par VRAI / FAUX à de telles questions ?

 

La prévention, dans quel but?

Pour informer les parents, les enseignants et aider à réduire le fossé technologique entre les générations ; d’autre part il est plus facile pour les parents de dialoguer avec leurs enfants s’ils sont informés des us et coutumes de cet univers souvent méconnu.

 

Quels problèmes sont observés le plus souvent dans l'univers du jeu vidéo ?

La pratique excessive chez certains joueurs et les frictions que cela engendre dans le cadre familial ; souvent les parents « tirent la prise » et ceci donne lieu à des conflits ouverts entre parents et enfants.

Dernièrement, on s’est concentré également sur les dangers liés aux interactions en ligne : les joueurs plus jeunes et les parents doivent savoir comment protéger l’identité des joueurs et ils doivent comprendre que jouer à un jeu pour les 3 ans et plus ne signifie pas que seuls des jeunes de moins de 10 ans s’y adonnent. Dans notre société hyper-connectée il faut également savoir poser des règles dans la pratique du jeu vidéo.

 

Vous préconiser la communication parents-enfants autour du jeu, quelles sont les conditions qui la rendraient possible ?

Il est bon pour les parents de ne pas considérer le jeu vidéo comme un ennemi, un tue-le-temps ou une nounou. C’est un loisir, qui peut être partagé mais surtout qui peut être compris (grâce à notre brochure notamment). Etablir un dialogue commence par le fait d’avoir des éléments de référence afin de crédibiliser le parent qui veut discuter avec l’enfant. Il est plus simple également de mettre des règles lorsqu’on sait comment les jeux fonctionnent (temps de jeu, sauvegarde, norme PEGI, contrôle parental, etc.).

Les enfants « dans leur monde » et les adultes « dans leur monde » aussi ? Comment encourager les parents à s'intéresser davantage à l'activité de leur enfant ?

De plus en plus de parents jouent (25% des Européens selon une étude de l’ISFE). Il est possible de trouver des jeux à jouer en famille afin de se ménager des périodes d’échange ; jouer à certains jeux demande des compétences importantes (observation, précision, sens de l’orientation, dextérité, etc.). De fait, les jeunes joueurs sont le plus souvent fiers et heureux que leurs parents reconnaissent leurs aptitudes dans le jeu tout en posant un cadre et une hygiène de vie (faire des pauses toutes les 45 min, ne pas manquer les repas, jouer après avoir fait ses devoirs, etc.).

 

Le contrôle parental, justifié ? Comment l'appliquer pour qu'il ne soit pas vécu comme une intrusion ?

Le contrôle parental permet de contrôler l’âge des jeux insérés dans la console selon la norme PEGI (3, 7, 12, 16 et 18 ans). C’est impératif pour les mineurs que les parents puissent décider à quels jeux leurs enfants vont jouer et donc à quelles images ils vont être exposés.

 

Les parents peuvent-ils réellement et concrètement avoir un contrôle sur les scènes de violence ou sur les scènes à caractère sexuel, comment ?

Le code PEGI (âge recommandé pour un jeu) est encrypté dans tous les jeux vendus en magasin ou en téléchargement légal. De fait, si un parent décide que la console du salon ne lira que les jeux 3 + et 7 + le jeune ne pourra pas jouer à un jeu 18+ qui contient des scènes destinées à un public adulte.

 

« Est-ce que j'ai envie de reproduire dans la vraie vie ce que je vois à l'écran ? »

L'importance de la distinction entre le monde virtuel et le monde réel...

Les plus jeunes font souvent mieux la distinction entre réalité et virtuel que les adultes ; les enfants ont plus conscience de leurs propres limites que les adultes ; un enfant sait qu’il ne peut pas acheter une arme, se procurer de la drogue ou conduire une voiture à contre-sens sur l’autoroute ; par contre pour un adulte il s’agit de comportements « possibles » dans la vraie vie ; souvent les adultes sont plus influencés par ces phases de jeu car pour eux il s’agit de situations potentiellement réelles. Beaucoup moins pour les enfants.

 

« Swiss Gamers Network, pour une pratique responsable du jeu numérique », qu'entendez-vous par responsable ?

Nous voulons que la société respecte les âges recommandés pour les jeux vidéo ; dans un monde parfait, toutes les consoles et PC sur terre auraient un contrôle parental et seuls des adultes pourraient jouer à des jeux 18+. Mais on ne vit pas dans un monde parfait : donc on édite notre brochure pour recommander aux parents de contrôler ce à quoi leurs enfants jouent et pour les aider dans des cas de pratiques excessives.

 

Comment savoir si la pratique du jeu devient excessive, quels signaux d'alarme ?

Le joueur va s’isoler dans la place de jeu (sa chambre ou le salon) et la durée des phases de jeu ira en grandissant (perte de contrôle) ; à la première contrariété (coupure du courant ou refus d’un parent ou conjoint de le laisser jouer) le joueur va devenir agressif. Toutes les activités annexes sont réduites au minimum (on fait ses devoirs en 5 minutes, on ne sort plus jouer, on gobe son assiette au plus vite ou on ne vient plus s’asseoir à table pour les repas, on abandonne d’autres loisirs, etc.).

 

Jeux vidéos sur Internet ? Quelles différences, quels âges ? Quel comportement adopter ?

La majorité des jeux peuvent être joués en ligne actuellement ; il faut respecter les recommandations d’âge pour ces jeux (cf. norme PEGI) et surtout il faut savoir que lorsqu’on joue en ligne on va interagir (par le texte ou la voix) avec d’autres joueurs. Il est important pour les parents de parler avec leurs enfants pour savoir avec qui leurs enfants ont interagi. En règle général, tout se passe toujours bien ; les gens jouent pour s’amuser et se divertir, mais on peut toujours tomber sur un mauvais perdant ; et là encore il faut pouvoir en parler en famille.

 

Quelles compétences sont développées grâce aux jeux vidéos ?

La concentration ; l’esprit d’analyse ou encore le multi-tasking (capacité à faire plusieurs choses à la fois). Lors d’une partie, si vous observez non pas le jeu mais le joueur, vous verrez souvent à quel point il est concentré sur ce qu’il est en train de faire. C’est impressionnant.

 

Globalement, pensez-vous que nous allons vers une meilleure connaissance des jeux vidéos ou plutôt que les préjugés se font de plus en plus ressentir ?

Depuis 2006, la perception des jeux vidéo s’est bien améliorée ; en 2008 les médias s’interrogeaient sur l’impact que la sortie du jeu GTA IV aurait sur la violence dans les cours d’école ; en 2013, les médias s’interrogeaient sur la portée du jeu GTA V comme objet culturel dans notre société ?

 

Ce qui pourrait être amélioré selon vous ?

Il faut continuer d’informer les parents sur l’importance d’utiliser le contrôle parental et sur le fait qu’un jeu 18+ est destiné à des adultes.

 

Un mot pour nos internautes ...

Merci d’avoir lu cet entretien. Retrouvez-nous sur Facebook ou www.swissgamers.net.

 

Merci pour ces précieuses informations ! Bonne suite à Swiss Gamers Network !