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Vivre Sans Violence - Anna Golisciano et Mélanie Orsino

L'association "Vivre Sans Violence" par Mme Anna Golisciano et Mme Mélanie Orsino

Bonjour, pouvez-vous vous présenter et nous dire ce qui vous a amenées à vous spécialiser dans les questions liées à la violence?

"Je suis Anna Golisciano, cheffe de projet de l’association vivre sans violence. J’ai une formation de psychologue et avant de travailler pour l’Association, j’étais intervenante à Solidarité Femmes-Centre LAVI à Fribourg. A ce poste, je collaborais déjà au site violencequefaire.ch en tant que membre de l’équipe de répondance.

J’en suis venue à me spécialiser dans les questions de violence après m’être confrontée, au début de mon parcours professionnel, aux traumatismes reportés par les personnes migrantes dans leur parcours. En me formant dans le domaine du traumatisme et de l’aide aux victimes, j’ai pris conscience que la violence est souvent insidieuse et qu’elle apparaît aussi dans les relations qui devraient offrir de la sécurité. En Suisse, c’est dans leur famille que les femmes ont le plus de probabilités d’être victimes de violence. Face à ce constat, mon intérêt pour les études genre m’a poussée à me rapprocher plus particulièrement du domaine de la violence conjugale"

"Je m’appelle Mélanie Orsino, je suis psychologue-stagiaire à l’association vivre sans violence. La violence conjugale est un domaine auquel je suis particulièrement sensible depuis déjà de nombreuses années. En décidant de m’intéresser au phénomène d’emprise lors de mes études universitaires, j’ai découvert une problématique dont j’étais loin d’imaginer l’ampleur. Acquérir des connaissances en la matière est alors apparu à mes yeux comme une nécessité au vu de ma profession, puisque je pense qu’en tant que psychologue nous seront toutes et tous amené·e·s dans notre carrière à rencontrer des personnes qui agissent ou subissent de la violence"

En quoi consiste l’association Vivre sans violence? Quelles prestations propose-t-elle?

vivre sans violence œuvre à la prévention de la violence dans les relations de couple. Dans ce but, elle gère le site www.violencequefaire.ch. Ce site s’adresse à toutes les personnes concernées par cette forme de violence. Son objectif est de permettre aux victimes et aux auteur·e·s, mais aussi à leur entourage, de trouver un soutien et des informations le plus tôt possible, dès les premiers signes de violence. Dans le couple, la violence a en effet la particularité d’évoluer par cycle. Si rien n’est entrepris pour y mettre un terme, les épisodes de violence tendent à devenir plus fréquents et plus sévères. A travers le site, les personnes concernées peuvent trouver des informations pour comprendre ce qui leur arrive. Elles peuvent aussi trouver du soutien auprès de professionnel·le·s même si elles ne sont pas encore prêtes à se rendre dans un service de consultation traditionnel.

En effet, l’atout majeur du site, hormis les informations complètes mises à disposition, consiste en un service gratuit de répondance en ligne. Sur violencequefaire.ch, les victimes et les auteur·e·s de violence ont la possibilité de confier anonymement leur situation et de poser les questions qui les préoccupent. Des professionnel?le?s accueillent leurs questions et leur répondent en ligne de manière personnalisée, dans les trois jours ouvrables. L’équipe de répondance est constituée de collaboratrices et collaborateurs des institutions romandes actives dans le domaine de la violence domestique, et notamment des Centres LAVI, des foyers d’accueil pour femmes victimes et des services destinés aux auteur·e·s de violence.

L’Association gère également le site www.comeva.ch , qui s’adresse spécifiquement aux jeunes. Dans cette section, l’accent est tout particulièrement mis sur la promotion du respect dans les rapports filles-garçons, avec des informations et des conseils utiles pour vivre des relations amoureuses respectueuses, savoir reconnaître la violence et s’en protéger si elle se manifeste. Les jeunes peuvent aussi poser en ligne les questions qui les préoccupent. Les pages les plus visitées par les adolescent·e·s sont celles des tests qui leur sont spécialement consacrés. Ils ont pour objectifs de les confronter à leurs propres croyances en matière de relations amoureuses et de violence. Elles et ils sont amenés par exemple à se questionner sur ce que représente la jalousie, qui est souvent vue par les adolescent·e·s comme une preuve d’amour, ou à réfléchir à certaines idées préconçues qui sont véhiculées dans la société.

La violence est une question complexe, quelle approche privilégiez-vous? A quel public vous adressez-vous prioritairement?

Notre site s’adresse à toutes les personnes concernées par la violence dans les relations de couple, et plus particulièrement aux victimes et aux auteur·e·s. Dès sa création en 2006, la volonté était d’offrir un outil de prévention intégrant à la fois un soutien aux victimes et un travail de prévention auprès des auteur·e·s. Nous travaillons actuellement en partenariat avec des centres de consultation pour victimes, mais aussi des services pour auteur·e·s de violence.

La manière dont notre site est construit est nettement influencée par la question du genre et son rôle dans la dynamique de la violence. Les victimes sont majoritairement des femmes. En Suisse, une femme sur cinq est victime de violence physique ou sexuelle de la part de son partenaire au cours de sa vie, et 40% vivent de la violence psychologique. C’est pour faire face à cette réalité que notre section du site destinée aux victimes s’adresse prioritairement aux femmes, et celle pour les personnes ayant recours à la violence aux hommes. Pour nous, il est néanmoins important de souligner que le site répond à toute personne confrontée à cette problématique, quelle que soit sa position dans le couple. violencequefaire.ch peut aussi servir à des hommes maltraités par leur compagne ou à des personnes homosexuelles violentées dans leur couple.

Comment les gens arrivent-ils chez vous? Pouvez-vous nous donner un ou deux exemples de démarches possibles?

Nous ne proposons pas d’entretiens en face à face ni de conseils par téléphone, mais toute personne concernée, directement ou indirectement, par la violence conjugale peut s’adresser à nous au travers du site www.violencequefaire.ch. C’est notamment grâce au travail en réseau que nous menons avec les institutions partenaires actives dans le domaine de la violence, et grâce aux différentes campagnes de sensibilisation que nous avons réalisées en Suisse romande, que le public prend connaissance de ce service. A noter également que violencequefaire.ch est très bien recensé sur google. En effet, lorsqu’un internaute entre «violence conjugale» sur son moteur de recherche, très vite, il est dirigé sur le site. Par l’intermédiaire de ces différents biais, le site a reçu plus de 72'000 visites en 2011. Ce qui représente en moyenne 195 visites par jour.

Que diriez-vous aux personnes qui sont confrontées directement ou indirectement à la violence et qui se sentent impuissantes, ne savent pas comment réagir?

A partir d’une même question, les réponses peuvent grandement diverger en fonction de la sensibilité, la formation et la pratique de la répondante ou du répondant. Ainsi, face à une personne confrontée directement ou indirectement à la violence, qui se sentirait impuissante et nous demanderait comment réagir, il n’existe pas de réponse type et de nombreux aspects peuvent être abordés à partir de cette même question. Nous tenons beaucoup sur notre site à offrir aux internautes des réponses personnalisées. Toutefois, dans nos réponses certains messages reviennent régulièrement. Il nous semble important de transmettre aux internautes que la violence est interdite et punissable, qu’il est possible tant pour les victimes que pour les auteur·e·s de sortir de la spirale de la violence, et qu’il existe des aides extérieures qui peuvent les soutenir et les accompagner vers le changement. Nous nous attachons également à ne jamais porter de jugement de valeur. L’internaute est accueilli·e avec sa propre vision de sa situation, et nous ne remettons jamais en question ce qui est décrit dans les questions.

Si des internautes souhaitent prendre contact avec vous ou visiter votre site, comment peuvent-ils le faire?

Pour visiter notre site, rien de plus simple pour l’internaute, il lui suffit se rendre sur: www.violencequefaire.ch. Il aura alors accès à une centaine de pages statiques qui fournissent toutes les informations, les conseils et les adresses utiles en matière de violence conjugale. Des tests sont aussi proposés aux différents publics pour les aider à évaluer leur situation, et à prendre conscience des idées préconçues et des mythes sur la violence véhiculés dans la société.

Si l’internaute souhaite poser une question, il lui est demandé de se créer un pseudo et un mot de passe. Lors de son enregistrement, lui seront uniquement demandés son sexe, son année de naissance, ainsi que son canton de provenance. L’association vivre sans violence veille à garantir l’anonymat des personnes, les éléments trop personnels ou reconnaissables sont supprimés des questions publiées sur le site.

Grâce à leur pseudo, les personnes victimes et les jeunes peuvent également partager leurs sentiments et leur vécu sur des forums qui leur sont destinés.

 www.vivresansviolence.ch

Merci de nous avoir accordé de votre temps et bonne suite à vous, ainsi qu'à "Vivre sans violence" !