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www.masexualite.ch - Ellen Weigand

Interview de Mme Ellen Weigand, journaliste, pour le site www.masexualite.ch

  Bonjour Madame Weigand, merci encore d'avoir accepté cette interview pour notre site ! Je vous propose de nous faire une petite présentation de vous, de votre parcours professionnel, qu'avez-vous envie de nous dire ?

Je vous remercie pour votre invitation. Je suis journaliste indépendante et j'ai commencé ma carrière à 24Heures où j'ai travaillé dans diverses rubriques pendant 6 ans. J'étais aussi correspondante à Zurich pour le quotidien. Déjà à ce moment-là, les problèmes de santé m'intéressaient beaucoup. Ensuite, j'ai participé au lancement et au développement du magazine « Bon à Savoir » avec Christian Chevrolet, qui était d'ailleurs mon maître de stage à 24Heures. J'ai été rédactrice en chef adjointe du magazine et ai aussi contribué à développer son site et la collection de guides pratiques dont j'en ai écrit plusieurs moi-même, notamment «1, 2, 3 Bougez! » qui traite de la manière de faire de l'activité physique au quotidien. Après 12 ans, j'ai travaillé sur différents projets pour d'autres entreprises et finalement je suis devenue indépendante. Je travaille notamment pour le site « Planète santé » aujourd'hui. C'est là qu'on m'a proposé d'écrire deux livres sur les troubles sexuels féminins et masculins: J'ai envie de comprendre... Ma sexualité (femme)  et Ma sexualité (homme)*. C'est en écrivant ces livres que je me suis rendue compte que le public manquait d'informations sérieuses, scientifiquement validées sur le sujet.

 

Qu'entendez-vous par « manque d'informations sérieuses ? »

A première vue, il semble qu'on parle beaucoup de sexualité dans les médias, sur le web, et on a l'impression que c'est omniprésent. Mais on y parle surtout de sexe, de performance et moins de santé sexuelle: comment est faite exactement l'anatomie féminine et masculine au niveau génital, comment fonctionnent les diverses phases de la réponse sexuelle, du désir à l'orgasme? Qu'est-ce que le désir, l'excitation, etc. ? Ou que se passe-t-il, par exemple, au niveau du cerveau et du corps lorsqu'on ressent du désir ?

Ensuite, on parle beaucoup des troubles sexuels, de frigidité et d'impuissance, qui sont d'ailleurs des termes obsolètes ! Il est déjà difficile de vivre un trouble sexuel, mais avec ces mots-là, très dévalorisants, cela devient encore plus difficile d'oser en parler !

A côté du manque d'informations il y a aussi un certain tabou. On parle de sexualité, mais cela reste un tabou quand ça nous concerne, qu'il faut parler concrètement de ce qui va ou ne va pas.

Il y a également tout le volet d'éducation sexuelle des jeunes qui ont, malheureusement, souvent comme exemple de la sexualité celle montrée par la pornographie. On sait ainsi qu'à partir de 11 ans, quasiment un enfant sur trois a vu des images pornographiques et un certain nombre assimilent ainsi la sexualité à ce qu'ils voient dans ces films-là, à la performance impossible dans la réalité, au manque de respect de la femme, etc.

 

Avec une mauvais image du corps aussi ?

En effet, c'est l'idée d'une image du corps parfait, par exemple sans poils. Il ne faudrait avoir de poils nulle part, alors qu'à la base ils servent quand même à quelque chose. Et ça va plus loin encore, comme le fait de vouloir décolorer la peau des zones intimes foncées comme le font les acteurs porno ou à faire de la chirurgie intime, par exemple, pour réduire la taille des petites lèvres! Maintenant on trouve des produits de blanchiment sur internet, or, ils ne sont pas sans risques et peuvent notamment attaquer la peau! De façon plus générale, les jeunes ont donc une fausse image de ce que devrait être la sexualité, celle du sexe performance. Ce qui fait qu'on ne vit pas la sexualité qu'on aimerait vivre, qu'on pourrait vivre naturellement. Je suis d'ailleurs aussi répondante pour un site français s'adressant aux ados de moins de 16 ans et leur questions tournent souvent autour de cela, de savoir comment faire pour correspondre à ces pseudo-standards.

A noter que cette influence du porno est aussi présente chez les adultes. Les sexologues constatent ainsi que des couples qui avaient une vie intime satisfaisante viennent les consulter parce qu'ils n'ont pas les mêmes pratiques, ou la fréquence de rapports sexuels décrits dans les médias, ou dans ces films, et se demandent s'ils n'ont pas un problème!

 

C'est donc ce qui vous a amenée à créer votre site www.masexualite.ch, pour informer dans la transparence ?

Oui, c'est vraiment pour la santé sexuelle. J'aborde toutes sortes de choses dans ce domaine, concernant tous les âges, même les parents de jeunes enfants. Là aussi il y a plein de tabous ! Comment leur parler? Comment leur faire intégrer la notion d'intimité sans leur inculquer le tabou, la honte? Par exemple, en ce qui concerne la masturbation tout à fait normale. Les enfants ont le droit et besoin de se découvrir et il faut simplement leur expliquer que cela leur appartient, et se fait donc plutôt dans leur chambre.

Le site s'adresse donc aux personnes de tous les âges et traite de tous les domaines, de l'anatomie génitale, en passant par l'éveil sexuel des enfants, la sexualité des personnes âgées, les abus sexuels, la violence conjugale des droits à une sexualité librement consentie, avec un partenaire de son choix, les dernières découvertes scientifiques ou encore la sexualité de personnes malades, par exemple, atteintes de cancer du sein, sachant que la plupart des maladies et des médicaments peuvent avoir une influence sur la vie sexuelle.

 

Vous travaillez seule sur ce site ?

Oui, je l'ai créé et je l'alimente le plus régulièrement possible. L'idée est de faire quelque chose d'utile à tout le monde, de francophone. On y trouve ainsi des nouvelles ou des recherches qui viennent du monde entier, pas seulement de Suisse. Tout comme mes deux livres ont été faits dans une perspective francophone, avec des adresses utiles dans tous les pays francophones, y compris l'Afrique.

 

J'ai vu que vous aviez des chroniqueurs aussi. Ce sont des gens qui travaillent avec vous, pour vous ? Que font-ils en fait ?

Oui, plusieurs sexologues écrivent régulièrement pour le site à titre bénévole aussi, et je suis entrée en contact avec eux grâce aux réseaux sociaux. A certains, j'ai demandé s'ils voulaient contribuer au site, d'autres se sont proposés eux-mêmes d'écrire régulièrement des chroniques. C'est une sorte d'échange de bon procédés, ils font leur chronique, ils peuvent mettre leurs liens sur mon site pour faire connaître leur propre site. Il y a des psychologues, des sexologues... Ils ont tous étudié la sexologie en tout cas, mais ce qu'on entend par sexologie dépend des pays aussi.

 

Donc, si je reprends, vous avez vraiment à cœur de faire de la bonne information

Oui. Ce qui m'a décidé aussi – si vous lisez un peu les chroniques « sexo » – c'est qu'il y a beaucoup d'informations qui sont soit très générales, soit trop réductrices, approximatives et parfois fausses ! Lorsque je lis ou entends ces chroniques et que leur contenu me semble bizarre, j'en parle au Dr Francesco Bianchi-Demichel, le médecin sexologue avec qui j'ai écrit les deux livres, et en général, hélas, il me confirme que ces informations sont lacunaires, voire erronées. D'ailleurs, je le consulte souvent avant de mettre des informations sur mon site. Lui aussi m'aide de façon bénévole et me soutient beaucoup pour faire connaître le site parmi les professionnels aussi.

Face à ces informations pas toujours sérieuses, je me suis donc demandée ce que je pouvais faire. Je ne veux pas faire de l'information sur la sexualité juste pour attirer du monde, c'est aussi une question de crédibilité. Je pense que la plupart des gens qui viennent sur le site sont des gens sérieux. Je ne reçois d'ailleurs jamais d'insultes ou de questions vulgaires. Je suis très contente de savoir que des médecins recommandent mes livres, vont voir sur mon site, et cela est plus important pour moi que d'avoir 10 000 visites par jour au plus vite. C'est un travail de longue haleine.

Ma rencontre avec une sexologue québécoise, Sophia Lessard, m'a aussi donné l'idée d'organiser des formations, de faire venir des experts qui viennent d'ailleurs en Suisse. Toutes les formations que je fais sont annoncées sur mon site.

 

Vous donnez également des conférences vous-même?

Oui, au départ, j'étais invitée, par exemple au Salon des femmes, pour faire connaître les livres. Maintenant je propose de faire des conférences. Je me suis aperçue que les gens ont besoin de parler vraiment de ce qui les préoccupe dans leur vie intime, mais il faut créer le cadre et un espace pour. J'ai, par exemple, donné une conférence, la plus géniale que j'ai donnée, à un groupe de l'Association des Paysannes vaudoises sur le livre Ma sexualité (Femme). C'était un petit groupe de tous les âges, entre 20 et plus de 70 ans. C'était très convivial, on a beaucoup ri aussi, mais on sentait surtout le besoin de parler, de partager, de comprendre les choses de la part des femmes présentes.

Il y a encore beaucoup d’ignorance sur la sexualité, et les gens ont besoin d'en parler, mais ils n'osent pas, même pas à leur médecin. D'ailleurs, j'avais été surprise, en écrivant ces livres, d'apprendre que la médecine sexuelle n'est pas une branche obligatoire et que même les gynécologues ou les urologues n'y sont pas obligés. Bien des médecins sont d'ailleurs mal à l'aise eux-mêmes d'aborder ces questions pourtant essentielles pour la santé en général.

Il existe également encore beaucoup de mythes et de croyances sur la sexualité, faisant croire aux gens qu'ils ne sont pas normaux s'ils n'y correspondent pas. Telle la nécessité pour une femme de parvenir à des orgasmes vaginaux et clitoridiens. Or, chaque femme (et chaque homme d'ailleurs), est différente avec ses envies, ses besoins et sa sensibilité propres en matière de vie intime. Mais on peut encore lire des articles ou des livres décrivant comment arriver à avoir, ou à donner, un orgasme vaginal!

 

En tout cas je trouve votre démarche vraiment intéressante et difficile, mais c'est tout à votre honneur de la faire. Moi-même en tant que public potentiel, je ne m'étais pas rendue compte de ce côté soi disant « pas normal » véhiculé par les médias et du manque d'informations sérieuses.

Merci

Est-ce que vous avez un mot de la fin, un message général a transmettre ?

Un message à l'univers... Si je pense vraiment dans l'objectif de la santé sexuelle, ce serait que chacun vive sa sexualité comme il en a envie, en se respectant et en respectant son partenaire, et sans tenir compte des « standards » véhiculés dans notre société.

Et également de ne pas hésiter à consulter au plus vite si on a un problème sexuel qui se répète et perdure plusieurs mois et que cela crée une détresse chez la personne et chez son partenaire également. C'est indispensable tant pour sa santé – un trouble sexuel peut avoir une origine organique qu'il faut exclure en premier! – que pour son couple. Parce qu'il y a tellement de couples qui se séparent pour un trouble sexuel, alors que bien des fois cela pourrait être résolu assez facilement, que le problème ait des causes d'ordre psychologique ou physiologique, ou qu'il s'agisse d'un problème de communication au sein du couple. Il existe des sexothérapies simples et rapides, pas besoin de s'allonger sur un divan pendant 10 ans. Dans bien des cas, on peut résoudre le problème en quelques mois, si on s'y prend assez vite.

 

En gros ne pas avoir peur de soigner sa sexualité parce que ça peut être facile, quelque part, d'en prendre soin ?

Oui. On va bien chez le médecin quand on a mal au cou. Pourquoi on n'y va pas quand on a un problème de libido ?

*J'ai envie de comprendre... Ma sexualité (femme), Ed. Médecine et Hygiène, 2013

J'ai envie de comprendre... Ma sexualité (homme), Ed. Médecine et Hygiène, 2014

Prix: 16 fr. Commande sur www.masexualite.ch