
Merci pour cet interview qui permettra aux internautes de mieux connaître l'association Les Mains pour le Dire sur www.mains-dire.org
1. Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment vous en êtes venue à travailler avec les sourds ?
Bonjour ! Je m'appelle Anita Hirschi, j'ai 46 ans, je suis mariée et mère de deux enfants âgés de 13 et 8 ans. J'habite sur la Côte, près de Rolle, depuis une dizaine d'années.
Après une licence en science politique relations internationales, c'est le hasard qui m'a amenée à découvrir le monde des sourds au début des années 90 : je cherchais un emploi à temps partiel pour me permettre en parallèle de développer une activité professionnelle de mise en page. C'est ainsi que j'ai été engagée dans une association pour enfants sourds à Genève. Ce fut pour moi une immense découverte : les sourds constituent une communauté bien trop méconnue et tellement riche et belle ! En travaillant quotidiennement avec des personnes sourdes, j'ai pu rapidement apprendre la langue des signes française et, en 1996, j'ai obtenu mon diplôme d'interprète en langue des signes.
Depuis lors, je n'ai cessé de travailler avec les sourds. Aujourd'hui, devenue directrice de projets de l'association Les Mains pour le Dire, j'exerce encore mon métier d'interprète à la Télévision suisse Romande où je traduis le téléjournal du 19:30 (sur TSR2).
2. Qu'est-ce que l'association Les Mains pour le Dire et quels sont ses objectifs?
L'association Les Mains pour le Dire est une association à but non lucratif dont l'objectif premier est d'informer, de viser l'égalité des chances de tous en matière de santé et ce en proposant des programmes de prévention et de promotion de la santé auprès de la communauté sourde. Elle a vu le jour en l'an 2000 devant le constat malheureux que les sourds avaient accumulé 15 à 20 ans de retard en matière de promotion de la santé. En effet, les sourds souffrent d'un manque important d'informations car la plupart des médias leur reste encore inaccessible. Très souvent, le grand public pense que les sourds « peuvent lire », ce qui remplacerait les informations véhiculées par la radio ou la télévision ou le bouche-à-oreille par exemple. Malheureusement cette idée reçue est une erreur ! Les sourds n'ont pas un accès aisé au message écrit parce que la structure, la syntaxe et la grammaire de la langue des signes française sont radicalement différentes de la langue française. Et comment parler une langue que l'on n'entend pas ? Ainsi, les campagnes de prévention ou de promotion de la santé ne sont pas comprises par les sourds. Elles sont initiées par des entendants, pour des entendants et sont généralement construites selon leurs représentations.
Le travail des Mains pour le Dire se concentre sur l'accès des sourds aux informations et aux services en matière de santé. Elle a créé en 2003 le site www.pisourd.ch qui diffuse régulièrement de l'information en langue des signes sur des problématiques de santé prise au sens large (plus de 2800 vidéos disponibles actuellement). Elle a également organisé – en collaboration avec la HES La Source – une formation d'animateur santé en surdité et créé le secteur infos.santé.sourds qui offre différentes prestations aux personnes sourdes (cours, animations, etc) et une sensibilisation du monde médical aux besoins spécifiques des sourds. Nous avons ainsi tout dernièrement organisé un colloque Santé Surdité au CHUV sur le thème « Quel accès aux soins pour les personnes sourdes ? ». Ce colloque s'inscrit dans un projet à plus long terme : la création d'une unité d'accueil et de soins pour les sourds en Suisse romande.
3. Connaissez-vous quelques chiffres sur l'ampleur du problème de la surdité en Suisse et dans le monde ?
Aucune statistique précise n'existe sur la surdité. L'OMS estime le nombre d'enfants sourds à la naissance à 1 pour mille, mais ce chiffre ne tient pas compte de la malentendance. En 2001, l'Office Fédéral de la Statistique estimait à 720'000 le nombre de sourds et malentendants en Suisse.
4. Quels sont les besoins actuels en terme d'aide à ce type de population ?
La surdité est un handicap de la communication. Le fait d'être isolé de la communication orale de la naissance à la mort a des conséquences importantes dans tous les domaines : formation, santé, emploi, citoyenneté, famille, etc. Les besoins des sourds sont donc énormes avec, comme besoin premier, celui de la reconnaissance de leurs besoins spécifiques et de l'adaptation de la société à ceux-ci.
5. Quelques perspectives pour l'avenir ?
Nous axons toujours et encore notre action sur l'accessibilité aux informations et aux services en matière de santé, notamment avec le projet de création d'une unité d'accueil et de soins pour les sourds en Suisse romande et l'extension à la Suisse entière de notre site www.pisourd.ch. Ce sont des projets de longue haleine et il nous faut sans cesse remettre l'ouvrage sur le métier, à savoir convaincre les financeurs publics et privés des écueils rencontrés par la population sourde et de la pertinence à long terme des actions que nous menons. Le bien-être et l'insertion des sourds dans la vie professionnelle, citoyenne et responsable sont à ce prix ! Cependant, nous traversons actuellement une période difficile, comme beaucoup d'autres autour de nous, en matière de financement de nos projets, mais nous avons bon espoir de recevoir le soutien attendu.
6. Pour conclure :
Notre site www.mains-dire.org présente de manière plus détaillée que ces quelques lignes les projets de notre association. Les personnes intéressées peuvent également par ce biais devenir membre de notre association ou nous soutenir par un don. Nous venons d'ailleurs de lancer une nouveauté : la possibilité de faire un don par SMS. Simple comme bonjour, il suffit d'envoyer le mot-clé MAINS suivi du montant du don au numéro 339 et le tour est joué (exemple : mains 50 pour un don d'un montant de Frs 50.-). D'avance nous remercions tous les lecteurs de leur intérêt.
Nous préparons la traduction en langue des signes française de cet interview. Il sera disponible sur www.mains-dire.org dans quelques jours !