
Peux-tu nous parler de la création de ce service VF qui est un des secteurs de la fondation JF?
En 1999, la fondation a été approchée par l’association Se DyRe, pour développer des prestations destinées à des hommes auteurs de violence dans le couple et la famille. La fondation a été intéressée parce que dans ces internats, comme dans les AEMO(Action éducative en milieu ouvert) les éducateurs étaient régulièrement confrontés à ce type de situation, à des pères violents… A l’époque, pour les mamans victimes de violence dans leur couple, Malle-Prairie offrait déjà une réponse mais il n’y avait pas l’équivalent pour des hommes
J’ai été engagé peu après la création de Vifa
Comment se déroule votre activité, pour quel public ?
Jusqu’à 2006 VF s’est adressée uniquement à des hommes adultes auteurs de violences dans le couple et la famille en proposant des groupes thérapeutiques et depuis 2006, on a ouvert nos prestations à des femmes auteures de violence et en 2007 à des adolescents
Pour les ados, contrairement aux adultes, ils sont envoyés par des services partenaires tels que le SPJ, Tribunal des mineurs et le Tuteur général.
A part pour les ados, comment les gens, femmes et hommes viennent, qu’est-ce qui les amène à vous contacter?
Les adultes sont donc volontaires entre guillemets, dans le sens où la crise qu’ils vivent dans leur couple menace de faire éclater la famille Parfois, l’intervention de la police les motive à prendre contact avec notre service ou bien ce sont les services spécialisés comme la LAVI ou Malley-Prairie, voire des médecins ou des assistants sociaux qui les encouragent à nous contacter.
Est-ce que les groupes sont mixtes ?
Pour les ados oui, par contre les groupes sont séparés pour les hommes et les femmes adultes.
Pour quelle raison cela se passe-t-il ainsi, pourquoi séparer hommes et femmes ?
Quand les personnes nous contactent, le problème de violence existe depuis plusieurs mois ou années, dans un premier temps, il est plus facile de se retrouver entre hommes pour parler des violences exercées envers des femmes, sans être exposés au regard de certaines d’entre elles. Pour les femmes, il s’est avéré que la plupart d’entre elles en plus d’être auteures de violence, avaient aussi subi dans leur histoire des violences sévère, notamment des violences sexuelles de la part des hommes…
C’est plus facile pour elles de parler sans les hommes.
Il y a donc des femmes auteures de violence, penses-tu que c’est un phénomène nouveau ?
Non, je pense pas, de tout temps des femmes ont eu des comportements violents dans leur couple et dans la famille, par contre, c’est assez récemment qu’on considère que de telles femmes ne relèvent pas nécessairement de la psychiatrie.
Comment travaillez-vous, comment parvenez-vous à aider des personnes à ne plus agir avec violence, avez-vous une orientation, une méthode particulière ?
Il est particulièrement difficile de venir demander de l’aide dans un service spécialisé pour personnes auteurs de violence, c’est une étiquette lourde à porter. Avant d’intégrer ces personnes dans un groupe, des rencontres individuelles permettent de dépasser la honte et de développer un climat de confiance facilitant l’exposition dans un grand groupe.
Quel est l’avantage de travailler avec des groupes ?
On ne va pas commencer tout de suite par les avantages financiers, en même temps, les groupes permettent en 1 heure et demie de travailler avec un dizaine de participants en même temps, c’est donc économique… Par ailleurs, ces personnes ne vont que progressivement dévoiler les comportements violents qu’elles ont utilisé et elles peuvent nous dire que ce qu’elles veulent...
Mais quel est l’avantage du groupe par rapport à ça ?
Les intervenants peuvent se baser sur les échanges entre les participants dans le groupe pour identifier les comportements agressifs, par exemple, quand ils se coupent la parole, ne supportent pas d’être contrariés, etc…
Le fait de se retrouver à plusieurs avec le même problème leur permet de se sentir moins seuls, ils se sentent souvent encouragés par les progrès qu’ils constatent chez les autres participants.
Est-ce qu’il y a beaucoup de groupes ?
Actuellement, il y a un groupe de chaque qui ont chacun lieu une fois par semaine, en soirée, pendant une heure et demie.
Quelle est la durée d’un groupe, est-ce que tout le monde commence et finit en même temps ?
La durée est différente pour les ados ou les adultes, les ados s’engagent à suivre 12 séances, au terme desquelles un bilan est fait avec leur assistant social. Les adultes s’engagent à suivre un minimum de 21 séances, ce sont des groupes où à tout moment de nouveaux participants sont accueillis et les anciens quittent peu à peu. Ça a un avantage parce que les nouveaux peuvent entendre les anciens et les changements qu’ils ont réussi à faire, les anciens peuvent mesurer les progrès effectués en se reconnaissant dans le désarroi des nouveaux-arrivant.
Est-ce que les gens doivent payer, combien par séance ?
Les adultes doivent financer leurs séances en fonction de leurs revenus, le minimum étant 2o francs par séance.
Est-ce que vous recevez un financement du canton, ou de la commune ?
De la part du canton, du SPJ, pour les ados, et due service de la prévoyance sociale pour les adultes, nous espérons en 2009 obtenir une subvention suffisante pour financer complètement le budget de ces différents programmes, jusqu’ici soutenus par des donateurs privés.
Qui sont les intervenant à part toi, comment fonctionnez-vous ?
Ce sont des professionnels chevronnés, soit psychologues, éducateurs, travailleurs sociaux qui ont suivi une formation spécifique à ce la violence conjugale et à l’animation de groupe.
Tu parles de violence conjugale, mais de quel type de violence s’agit-il pour les ados ?En effet pour eux, il s’agit plus souvent de violence dans la rue, à l’école ou dans la famille, pour ceux qui entament leur vie amoureuse pour qui les conflits habituels peuvent comme pour les adultes dégénérer en violence.
Souvent ils sont en attente d’un jugement suite à la gravité de leurs actes.
As-tu quelque chose à ajouter à tout cela ?
Oui, on poursuit ce travail à VF parce qu’on a pu mesurer que les participants développent des compétences qui les aident à gérer leurs difficultés sans continuer à recourir à la violence.
Je te remercie Christian de toutes ces informations intéressantes.