
Bonjour Danièle et merci de m'accorder du temps pour cet interview. Pour commencer, pourriez-vous me dire en quoi consiste la mission de votre service?
Le service existe depuis bientôt 50 ans. En effet, dès 1959 une consultation hospitalière de planning familial a été intégrée à la Maternité, et en 1965, une décision politique mandate la Maternité comme centre de référence pour l’enseignement et les aspects médicaux du planning familial.(Les centres de planning familial dépendant du Centre Médico-social Pro Familial se sont ouverts, eux, dès 1981).
Au départ, les consultations étaient beaucoup orientées sur la contraception, les interruptions de grossesse et la prévention. Progressivement la mission du Planning s'est élargie et complexifiée au fil des années et des situations rencontrées (pertes de grossesses, infertilité, ménopause, violence).
Le rôle des conseillères est d'informer, orienter, soutenir et accompagner les femmes ou les jeunes filles qui viennent en consultation (parfois seules, parfois en couple, parfois accompagnées de leur mère).
A qui s'adresse ce service et comment travaille-t-il?
Le Planning s'adresse à toutes les femmes dès le début de la possibilité de procréer, et jusqu'à la ménopause. Nous les rencontrons dans des moments délicats de leur vie tels que naissances, fausse-couche, difficultés de fertilité, décision d'interruption de grossesse et même ménopause. Nous les accompagnons dans ce qu'elles vivent, nous les aidons à prendre conscience de leur ambivalence parfois et à cheminer vers une décision (par exemple concernant leur grossesse). Nous leur donnons bien-sûr aussi des informations adaptées à leur histoire personnelle concernant la contraception.
Un nombre élevé de jeunes filles (214 en 2007 de moins de 20 ans, 17,4 % de nos consultantes) profitent de nos consultations. La plupart d'entre elles viennent parce qu'elles sont enceintes. Notre travail, s'il est question finalement d'une interruption de grossesse, consistera aussi à leur présenter le cadre légal et les méthodes offertes selon l’âge de la grossesse : médicamenteuse (Mifégyne) ou chirurgicale (curetage).
Beaucoup de femmes étrangères (67,5% en 2007) bénéficient de ce service. Elles constituent le 2/3 des interruptions de grossesse du CHUV. A cause de leur situation fragilisée, et parfois peu intégrée, elles sont plus à risque d’une grossesse imprévue et constituent donc une part importante de notre consultation..
Comment les femmes et les jeunes filles arrivent-elles dans votre consultation?
De différentes façons: les jeunes sont parfois envoyées par L'UMSA (Unité multidisciplinaire pour la santé des adolescents) qui offre une consultation gynécologique pour adolescentes, ou par les plannings de Profa. D'autres fois ce sont les urgences de la maternité qui les envoient autour de la prise de pilule d'urgence.
Quant aux autres femmes, elles peuvent venir par la polyclinique de gynécologie, par les urgences ou avoir rencontré la conseillère directement lors de leur hospitalisation pour un accouchement, une fausse-couche ou un autre motif sensible. Elles peuvent revenir consulter aussi après leur hospitalisation.
Notre service est un planning familial, mais intégré dans un dispositif de soins hospitaliers dont les femmes et les jeunes filles bénéficient.
Et la question de la facturation?
L'interruption de grossesse est prise en charge par les assurances (mais attention à la franchise!). Pour les jeunes filles nous essayons qu'un adulte de confiance, de préférence les parents de la jeune, soit quand même dans le coup. Ce qui permet de régler plus facilement la question du financement. S'il y a difficulté, elle peut rencontrer l'assistante sociale pour imaginer des solutions telles qu'un payement échelonné par exemple.
Nos entretiens sont, eux, confidentiels et gratuits !
Quant à la pilule d'urgence, elle peut être payée directement sur place aux urgences. Il n'y a pas de facturation envoyée à domicile.
Notons que dès 16 ans, la pilule d’urgence peut être demandée directement en pharmacie, sans ordonnance.
Quelles différences entre le Planning Familial de Profa et celui de la Maternité?
Le Planning de Profa est plus directement accessible puisqu'il est en ville et qu’il n'a pas la connotation médicale d'être situé à l'intérieur même d'un hôpital. C'est idéal par exemple pour des jeunes filles qui commencent leur contraception ou font leur première consultation gynécologique.
Ici, au Planning de la Maternité, viendront toutes les personnes qui sont déjà hospitalisées, qui proviennent des urgences ou ont accouché là normalement ou perdu une grossesse. C'est plutôt rare que quelqu'un vienne directement de l'extérieur pour la première fois.
Allez-vous à domicile?
Non, nous restons dans la Maternité.
Quelles collaborations avec d'autres services?
Elles sont intenses. A l'intérieur nous collaborons entre les divers services (urgences, service de gynécologie et d’obstétrique, service social). Nous sommes aussi en lien avec le CAN Team (l'unité centrée sur les maltraitances et abus à l'intérieur du CHUV), avec la psychiatrie de liaison du CHUV, avec l’aumônerie. A l'extérieur avec l'UMSA, Profa et les différents services selon les situations : centre LAVI, médiateurs scolaires, psychiatres et psychologues. Nous recommandons aussi CIAO.
Nous participons à de nombreux colloques, supervisions, formations sur le thème de la grossesse, du désir d’enfant et des problématiques qui y sont liées. Il faut constamment se tenir au courant des nouveautés et de l'évolution des connaissances.
Qu'en est-il de vos valeurs face aux relations précoces, à l'avortement, aux problèmes de virginité dans les cultures qui la vénèrent?
En travaillant ici, nous sommes confrontés constamment à ces questions. Je peux être touchée par l'âge de certaines jeunes filles ou par la situation de certaines femmes que nous recevons, mais nous sommes là pour les accompagner sans faire pression et les aider à faire leur choix.
Proposez-vous un accompagnement autour des deuils périnataux?
Oui, quand une femme fait une fausse-couche ou une grossesse extra-utérine par exemple.
Danièle Besse, nous arrivons à la fin de cet échange passionnant. Qu'aimeriez-vous qu'on retienne de votre travail?
Mon plaisir à travailler dans un service qui offre soutien et compétences à ces femmes ou jeunes filles qui vivent des situations délicates en relation avec l’intimité, le désir d’enfant, la sexualité.
Travailler ainsi est une manière de prendre soin de manière globale de ces femmes ou jeunes filles souvent momentanément fragilisées et c'est gratifiant de le faire! Je me sens souvent utile à la place que j'occupe et contente de pouvoir m'appuyer sur mon expérience de 25 ans.