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Visite dans un gîte équestre du Jura avec son responsable, M. Michel Beuret
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Evelyne Lopériol, directrice du foyer UCF à Lausanne

Evelyne Lopériol, directrice du foyer UCF à Lausanne
Interview de Evelyne Lopériol, Directrice du foyer d'accueil UCF
 
Bonjour Evelyne, je te remercie de répondre à nos questions. D'une part nous aimerions mieux connaître l'institution où tu travailles, de l'autre, ce qui nous intéresse aussi est ton vécu personnel en tant que directrice.
 
En quelques mots, qu'est-ce que le foyer UCF, pourquoi cette dénomination par des lettres?
 
C'est très vieux les UCF, ce sont« Les Unions Chrétiennes Féminines », c'est un mouvement mondial dont le congrès aura lieu à Zürich l'année prochaine. Elles ont plus de 155 ans d’existence et sont reliées au YCWA , C'est un mouvement unioniste comme le Cazard. A l’origine, c'était un accueil de la jeune femme. Le soutien d’une femme à une autre.
Le foyer est une maison qui a été remise en don aux UCF et depuis 1974 , l’accueil porte sur les jeunes filles. La première directrice était Mme Isabelle de Vargas.
 
Parfois ce nom « UCF » joue un rôle parce que Unions Chrétiennes Féminines donne une notion de protection et certaines posent des questions comme « est-ce qu'on fait des prières à table », etc...
Nous acceptons des personnes de toutes cultures et de toutes religions.
 
Actuellement les jeunes filles ont entre 15 - 18 ans , avant c'était de 16 jusqu'à 20/22 ans (à l'époque il y avait la majorité à 20 ans), elles venaient parfois du Cazard...
 
Par rapport à ton profil, quel est ton parcours professionnel, ta formation?
 
À la base je suis secrétaire comptable mais je n'ai jamais pratiqué, j'ai eu en France l'équivalent d'un CFC de comptabilité. Après mon arrivée en Suisse, j'ai fait une formation en cours d'emploi d'éducatrice spécialisée à l'Ecole d'Etudes Sociales, EESP, en son temps l'école Pahud...
 
A 18 ans et demi je suis arrivée en suisse, de 72 à 73 j'ai travaillé au CHUV, un an, comme aide-infirmière . J'ai commencé dans l'éducation à l'école des Mémises de 1973 à 1975. Après j'ai travaillé à Eben Hezer, de 1975 à début 82, c'est là que j'ai fait ma formation en emploi. Au départ je voulais faire la formation à plein temps, mais sans revenu, cette possibilité de faire en emploi me convenait bien. De 82 à 84, j'ai travaillé au centre pour adolescents de Valmont (CPA), ensuite à Carrefour 15-18 puis au Tribunal des Mineurs pendant 15 ans. J'ai encore travaillé au SUPEA (Service Universitaire de Psychiatrie pour l'Enfant et l'Adolescent) trois ans, en tant que travailleuse sociale.
 
Quel est ton rôle, plus précisément en tant que directrice du foyer?
 
 Le rôle de direction dans des petits foyers a été aménagé. Mon prédécesseur a amené des changements. Ce poste avait un statut hybride, il a fait en sorte que le directeur soit reconnu. A l'époque on était 50% éducateur et 50% directeur, maintenant ce poste est devenu un 100% de direction.
Mais il n'en reste pas moins que je conçois ma fonction avec une disponibilité plus importante auprès des éducateurs que sur le plan administratif. Je fais aussi de tout...
 
Par exemple?
 
Accompagner une fille chez le médecin, faire les courses, recadrer lors de débordements, …..c'est ma façon de concevoir ce poste probablement du à mon côté éducatrice. Si je suis là c'est parce que je crois très fort à ce que l'on peut faire en institution. Ce sont «  mes premières amours, l'institution, » je voulais partager mon savoir faire avec des éducateurs, mais en étant un peu moins impliquée, en ayant une position méta, je ne fais plus les camps, par exemple...
 
Pas envie de tomber dans l'administratif?
 
Absolument pas!
 
Avec le temps, les petites structures seront appelées à se regrouper, il faut voir ensuite ce que signifieraient ces regroupements
Cette petite structure a son charme, son intérêt...
 
Pourquoi les filles sont-elles orientées, placées chez vous? Quels sont vos objectifs?
 
On est ouvert à des situations compliquées. Nous faisons du bas seuil, on prend des jeunes filles qui ont été exclues d'autres structures, on a peu de filles qui cherchent des places d'apprentissage, elles n'ont pas le potentiel.
Nous avons a eu des adolescentes avec un niveau de gymnase mais les difficultés psychiques font qu'elles ne peuvent pas entrer en apprentissage, pour les autres elles ont un niveau   insuffisant sur le plan scolaire.
Même l'AI renonce au bout d’un temps à les prendre en charge, car elles ne parviennent pas a entrer dans les exigences telles que, se conformer à un cadre. Elles sont, parfois, orientées sur des structures psychiatriques.
Il y a peu ou pas de famille, ou des familles qui ne veulent pas entendre parler d'elles.
 
Le but c'est de les écouter, de recréer des les liens, de les aider à reprendre confiance en elles, ce qui est déjà pas mal comme programme...
 
Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez?
 
Déjà, que faire avec ces filles quand elles partent, quelle intégration pour ces filles après 18 ans...?
On essaie de pratiquer la non exclusion, mais parfois on a juste plus d'idées,
ma force tient du fait que j'ai une bonne connaissance du réseau.
Ici il faut de l'invention, de la créativité et de humour, sinon on n'y arrive pas...
 
Quand on ne peut pas, on ne peut pas, il faut aussi reconnaître notre impuissance.
 
Un exemple: un acte de violence, la menace de mort d'une jeune fille sur un éducateur, on veut la mettre   au CPA, pas de place, la psychiatrie ne l’estime pas suffisamment décompensée, la mère n’a plus de contact... c'est là qu'il faut être inventifs, pour pouvoir la garder et qu'elle comprenne, donner du sens, qu'elle n'ait pas un sentiment de non punition, comment lui faire comprendre la gravité de son acte. Si il n'y a pas une sanction posée le jeune a l'impression d'être impuni, il faut donc trouver quelque chose qui ait du sens et lui permettre de réparer.
Si tu savais ce que ces jeunes s'excluent d'elles même...
 
Peux-tu nous donner des exemples de situations qui ont bien progressé, ou au contraire lorsque ça n'a pas fonctionné?
 
Une jeune fille qui a décroché un apprentissage, par exemple...
Je n’a pas assez de recul. Cela fait 5 ans que je suis là, mais j'ai trois ans du nouveau concept que j'ai mis en place avec la nouvelle équipe. J'ai envie de dire que des choses vont bien, en lien avec certaines jeunes filles, on peut dire que parfois, cela relève presque du miracle, mais je sais pas si c'est solide...
Pour nous, le fait que certaines jeunes filles aient pu dire les choses, parler de leur souffrance, c’est déjà beaucoup. Nous ne les avons pas « guéries » mais avons pu leur donner un espace pour les écouter, ce qui leur a permis d'avancer sur le plan personnel
Cela reste toujours très fragile, ces jeunes femmes ne sont jamais à l'abri d'un clash, dans 10 ans on pourra peut-être dire, pour l'instant...
Il faut pas venir travailler ici si ton rêve est de mettre un jeune dans le droit chemin, ou de le réinsérer, ici il faut avoir envie de donner autre chose.
 
Quelle est la difficulté majeure que tu rencontres en tant que directrice?
 
Comme on dit souvent, une espèce de grande solitude, C’est une petite structure et mais tu es très proche de tes collègues, tu les écoutes, ils ont aussi leurs problèmes. Il y a une proximité qui, sans que ça péjore le travail, nécessite aussi une écoute.
J'écoute donc les collègues, dans certaines limites bien sûr.
 
Il y a parfois des crève-cœur, quand on m'annonce son congé abruptement, par exemple, alors que je ne m'y attendais pas du tout.
J’essaies de pratiquer le « développement durable (rires) » avec mes collègues, je peux compter sur eux et je les écoute. Il faut parfois   recadrer, gérer sur tous les niveaux, c'est ça qui est un peu difficile.
J’apprécie beaucoup mon équipe, je prends soin d'eux et ils tiennent sur la longueur.
Ils sont aussi solidaires les uns des autres, ce qui est très bien, ils ont compris le sens de notre travail, c'est ça mon bonheur!
 
Peux-tu nous parler un peu de la vie quotidienne, une journée « normale » c'est quoi?

Il n'y a pas de journée normale.
Une liste longue comme le bras de chose à faire et voilà qu'il y a 4 filles en fugue...
C'est pour ça que je pars parfois le week end avec « l’administratif de la semaine à la maison.
 
On a des activités précises, un cadre précis avec des activités de 7h30 à 16h
mais des fois personne ne se lève.
 
Si tu pouvais réaliser un vœu?
 
Comme on disait, j'aimerais que mon équipe reste stable, parvenir à pérenniser mon personnel, c'est mon angoisse, je suis peut-être abandonnique (rires)...
Il y a aussi des questions d'organisation mais mon rêve quand je partirai dans 4 ans c'est de laisser un modèle de fonctionnement à une équipe, que cela puisse perdurer aussi.
On dit souvent que je prends des situations trop lourdes, je ne sais pas exclure... nous nous chargeons de choses difficiles, mais j'aime ce que je fais, c'est un bonheur de faire ce travail.
Ce qui nous aide aussi, c’est la reconnaissance de la pénibilité de ce que nous faisons par le SPJ (Service de Protection de la Jeunesse). Le comité est aussi un bon soutien.
 
Je te remercie de toutes ces informations, elle nous permettent de mieux comprendre la difficulté de ton travail, de réaliser son importance aussi.
Je te souhaite, à toi et à ton équipe, de bien tenir le coup, et que toutes ces jeunes filles se portent simplement mieux, car j'ai bien compris que c'est là votre objectif.