Comment le BIP a-t-il vu le jour?
Nous faisons partie de l'association Mobilet', qui dépend elle-même de l'association de La Maison des Jeunes, du Centre vaudois d'aide à la jeunesse (CVAJ), et de Jet service.
Il y a environ 15 ans le Secrétariat d'Etat à l'économie a lancé un projet pilote en Valais qui a donné naissance à différents SeMo pour des chômeurs entre 16 et 25 ans. Les trois structures dont dépend Mobilet' avaient un projet commun: ouvrir un SeMo à Lausanne en mars 1997. C'est 10 ans plus tard que l'association Mobilet' démarre un nouveau projet et décide d'ouvrir la MIS BIP Jeunes.
Les différences entre le BIP Jeunes et le SeMo se situent dans la capacité d'accueil, le premier a 10 places et le deuxième 140. Une autre différence c'est l'organe de l'Etat dont dépendent les 2 structures, car pour le SeMo
c'est le service de l'emploi (SDE) et pour BIP Jeunes c'est le département de la santé et de l'action sociale (DSAS).
Actuellement au BIP, il y a une arthérapeute qui fait de la sculpture, une éducatrice kinésiologue, un collègue qui est en charge des appuis scolaires. Un autre collègue s'occupe du studio et de la radio, il est aussi référent tout comme moi. Nous nous occupons tous les d
eux des contacts avec le réseau social. Nous allons aussi prochainement accueillir une stagiaire qui vient d'une HES.
Quelle est la spécificité du BIP par rapport à d'autres associations ou structures? Comment collaborez-vous?
Nous sommes en collaboration constante avec les services sociaux. Nous nous occupons des contacts avec les assistants sociaux, nous leur présentons le concept du BIP, les locaux. Par la suite, nous nous rencontrons tous les trois, la personne de référence, l'assistant social et l'adulte qui aimerait intégrer le BIP. Il y a un énorme travail qui est fait par les assistants sociaux: ils accueillent les adultes, réglent les forfaits, il y a tout un vécu entre eux et l'adulte. Cette collaboration est donc importante.
Si pour l'adulte, ça a un sens et
une utilité qu'on se renseigne pour lui, on prend contact avec les structures concernées. Tant que leur demande est gérable, on en tient compte. Nous avons par exemple pris contact avec le planning familial pour une adulte qui était enceinte.
Quelle est votre « philosophie » de travail?
Nous parlons de
partenariat entre adultes, et non de collaboration, car n
ous voulons les amener à prendre eux-mêmes des décisions. C'est d'ailleurs aussi pour ça qu'on parle d' « adultes » et pas de « jeunes », « adolescents » ou encore « jeunes adultes ». Donc, dans cette perspective-là, même si un projet ne nous semble pas réaliste, on laisse avancer l'adulte vers son objectif, se confronter à la réalité tout en restant à sa disposition s'il a besoin d'aide.
Nous ne proposons pas à l'adulte un contrat déjà tout fait et commun à tous les autres. Nous préférons le construire avec lui, et c'est un contrat
envers lui-même et pas envers nous. Des modifications sont toujours possibles. Ce document est ensuite régulièrement utilisé comme outil pédagogique pour faire un bilan avec l'adulte. Le but de ce bilan, ce n'est pas de dire s'il travaille bien ou pas, mais de voir les points forts, les acquis, et les difficultés ou les domaines pour lesquels il aurait besoin de soutien.
Il n'y a pas de sanctions de la part du BIP, ça permet d'établir notamment un rapport de confiance. Si l'adulte est absent et qu'on n'arrive pas à le contacter, après quelques jours on va le voir, pas pour le contrôler mais pour savoir ce qu'il se passe. C'est souvent bien accepté, car beaucoup n'osent plus nous contacter de peur qu'on leur fasse des reproches, parce qu'ils ont honte de ne pas être venu.
Comment ça se passe concrètement quand on s'inscrit au BIP? Y a-t-il un coût?
Une personne de référence rencontre l'adulte pour mieux le connaître et définir un projet professionnel, car je trouve que lire un dossier c'est enfermer l'individu! On reste quand même attentif à son passé pour ne pas répéter ce qui a été vécu dans d'autres institutions auparavant, on parle avec l'adulte de ses expériences passées dans ces institutions, mais on demande toujours son autorisation avant de prendre contact. Une recherche de l'EESP a montré que l'accompagnement individuel marchait mieux, c'est pourquoi nous favorisons ce type de soutien.
Je demande toujours à l'adulte quel(s) souci(s) l'empêche(nt) d'atteindre son objectif professionnel, qu'est-ce qui a l'empêché de trouver un apprentissage. Nous pensons que si quelqu'un n'a pas trouvé de place c'est qu'il y a une raison et il est important pour ça d'en parler avec l'adulte. On lui explique aussi que le privé ne nous concerne pas, à moins que ça concerne le projet ou que ça fasse partie des obstacles à l'insertion professionnelle. En général ça les soulage de ne pas être interrogé et de devoir raconter à nouveau tout leur parcours.
Nous élaborons ensuite ensemble des stratégies pour permettre à l'adulte de mener son projet à bien, de s'insérer professionnellement. S'il est par exemple en souci à cause de dettes, ou d'une question de logement, nous structurons les démarches à faire pour que ce ne soit plus un obstacle à son projet. Dans ce même but, nous mettons à disposition certains
outils: des appuis « scolaires » par groupe de 5 maximum ; des ateliers de travail sur pierre et autres travaux manuels ; un studio d'enregistrement pour faire des entretiens d'embauche fictifs ou pour enregistrer le Curriculum Vitae sur CD ; des ordinateurs pour faire des recherches sur les entreprises où l'adulte aimerait postuler ou d'autres recherches sur internet pouvant aider à l'entretien d'embauche, et bien sûr pour préparer le dossier de candidature. Nous sommes aussi en train de préparer un blog en partenariat avec les adultes, où ils pourront insérer des interviews ou autres documents préparés par leurs soins...
Par la suite, le projet est expérimenté sur le terrain par des stages « classiques » en entreprise. Pour certains, nous faisons un programme sur deux semaines, pour d'autres sur un mois, en fonction des ressources et des lacunes. Nous essayons d'avoir une souplesse relative aux besoins et au rythme de l'adulte.
Une fois par semaine on se rencontre le mercredi midi, autout d'un plat de pâtes, avec tous les adultes de BIP Jeune. C'est l'occasion de parler des expériences, de faire lire son CV par les autres, ...
La dernière étape, c'est la recherche d'une place d'apprentissage. Une fois qu'elle est trouvée, nous ne rompons par notre lien pour autant! L'adulte garde un « filet de protection » auprès de nous, même si c'est juste pour avoir un espace pour discuter ou être écouté. Quand il se sent prêt, notre collaboration se termine.
Les services sociaux nous paient 150.- par jour et par adulte, ce dernier n'a donc pas de frais à sa charge.
Quels sont vos objectifs principaux?
Notre objectif principal c'est l'intégration professionnelle. Nous cherchons aussi à ce que l'adulte puisse vivre une expérience relationnelle et professionnelle positive, qui ne se solde pas par un sentiment d'échec qu'ils connaissent trop bien, mais qui mette plutôt en évidence leurs ressources. Nous tentons d'être souples et de répondre au mieux aux demandes. Par exemple, nous avons mis à disposition un de nos murs blancs à
un des adultes qui fait du graphisme, pour qu'il puisse y faire un graffiti. Il a très bien su mener ce projet, vous pouvez d'ailleurs voir le résultat sur la photo!
Qui peut s'adresser à vous? Vous arrive-t-il de refuser des demandes?
Nous répondons aux demandes des adultes entre 18 et 25 ans. Un des premiers critères c'est que l'adulte soit inscrit aux services sociaux. Un autre élément important, c'est qu'il y ait une volonté d'intégration professionnelle, que ce soit avec ou sans un projet concret.
Nous sommes quand même relativement souples, nous n'avons encore jamais refusé de demandes. Par contre, nous n'avons que 10 places de disponibles!
Comment interprétez-vous le manque de projets professionnels chez les jeunes adultes?
Je pense qu'il y a plusieurs hypothèses: il y a beaucoup de familles où les deux parents travaillent, et on assiste donc à une délégation du travail éducatif à des tiers (enseignants,...).
Il y a aussi un phénomène culturel: la période d'intégration est difficile pour certaines personnes étrangères, les adultes perçoivent un décalage entre la réalité culturelle et sociale, entre leur famille et leur lieu de travail, et ils ont alors de la peine à se situer. Sans vouloir généraliser, un divorce peut aussi provoquer des dégâts selon la manière dont l'enfant ou le jeune adulte peut le comprendre. La culpabilité et les conflits de loyauté qui peuvent y être liés sont autant de freins pour son intégration professionnelle à venir. Je remarque aussi un phénomène dû à la génération zapping: les individus veulent avoir tout, tout de suite, et se découragent vite si ça ne se passe pas ainsi. La sélection qui a lieu actuellement n'était pas là non plus il y a 20 ans, il n'y avait pas autant de chômage chez les jeunes qu'à présent.
En conclusion, on peut dire qu'il y a plusieurs facteurs qui expliquent la difficulté d'insertion professionnel de certains, et pas un déclencheur unique.
Percevez-vous des points communs entre ceux qui sollicitent vos services? Une démotivation générale?
Je ne dirais pas qu'il y a une démotivation générale. J'aime bien utiliser l'
image de la boxe pour illustrer les adultes qui arrivent au BIP: ce sont des personnes « sonnées » qu'il faut sortir du ring, le monde du travail. Le BIP, c'est le coin du ring où on s'assoit, on s'aère, on reçoit les encouragements de l'entraîneur et on se ressource pour ensuite revenir sur le ring.
Est-ce que vous avez envie d'ajouter quelque chose? Un événement ou une anecdote?
Nous avons fêté l'inauguration de nos locaux le 24 janvier 2008. Pour cette occasion, on a essayé quelque chose de nouveau: on a voulu faire un lien entre l'indépendance vaudoise et l'indépendance que les adultes veulent avoir. On a alors prévu un petit déjeuner qui précédait la présentation officielle du BIP, il a fallu venir à 4h du matin pour faire du pain, du bircher et autres produits maison. De nombreux adultes du BIP se sont mobilisés, c'était un très bon moment!
Merci encore, M. Procacci, d'avoir ouvert vos portes à TELME, c'était une découverte très enrichissante!
Pour plus d'infos: BIP Jeunes, av. de Sévelin 32, CP 8, 1000 Lausanne 20, 021.620.04.40,
www.bip-jeunes.ch