
« Bonjour! Je vous laisse vous présenter et nous parler un peu d'ABA... »
- « Je suis psychologue de formation, intéressée par les troubles du comportement alimentaire (TCA) depuis le début de mes études. Je suis membre d'ABA depuis 2007 et suis présidente de l’association cette année. Après avoir travaillé en service hospitalier quelques années, j’ai actuellement une pratique privée en cabinet.
Les troubles alimentaires m'intéressent par leur complexité et leur côté quelque peu mystérieux...La boulimie et l'anorexie sont certes les maladies que l'on connaît le mieux, mais beaucoup de personnes souffrent de problèmes d'intensité variable. On parle de « troubles atypiques ». Ce qui doit éveiller l'attention, c'est en premier lieu la souffrance que ressent la personne dans sa relation à la nourriture. Cette souffrance se traduit souvent, mais pas toujours, par des signes corporels tels que surpoids ou dénutrition. On peut souffrir face à la nourriture et avoir malgré cela un poids normal !
ABA (Association Boulimie Anorexie) a été créée en 1992 par des parents désarmés face aux difficultés alimentaires de leurs enfants. Ils ont ressenti le besoin de partager leurs expériences, leurs inquiétudes, leur sentiment d'impuissance tout en cherchant des solutions ensemble. D'ailleurs l’écoute et le soutien sont restés les objectifs principaux de l'association.
ABA n'est pas un lieu de soin mais un lieu d'accueil, d'orientation, d'évaluation, de partage (il existe des groupes de paroles pour les malades et pour les proches). L’association est donc complémentaire aux structures de soins »
- « Quels sont les principaux défis auxquels s'attendre dans l'accompagnement des personnes souffrant de TCA? »
- «D'abord une immense ambivalence entre « j'ai besoin d'aide » et « je n'ai pas besoin d'aide ». Souvent les patient-e-s sont conscient-e-s des dangers physiques bien réels, mais n’arrivent pourtant pas à se défaire de leurs symptômes. Il peut s'avérer long et difficile d'établir un lien pour les amener à changer. Déni et peur cohabitent accompagnés d'une grande difficulté à demander de l'aide.
Un autre défi concerne le travail en réseau: inciter les personnes à aller voir plusieurs professionnels afin de s'occuper des facettes à la fois physiologique et psychologique de leurs troubles n'est pas facile.
Certains patients disent plus ou moins ouvertement: « je veux bien arrêter les crises mais je ne veux pas manger plus, ni prendre du poids »...là aussi c’est très ambivalent!
Les défis sont multiples mais n'oublions pas que chaque thérapie est avant tout une rencontre avec ses richesses et ses embûches!
- « Quels conseils donner aux parents inquiets? »
- « Dès qu'une personne se pose des questions (suis-je trop grosse ? je n’arrive plus à manger…, etc), je crois qu’il est important d’y porter de l’attention. L’Association Boulimie Anorexie peut être alors utile pour évaluer la situation, chercher des pistes… Certaines situations sont plus préoccupantes que d'autres. Parfois la personne concernée ne s'inquiète pas et c'est à l'entourage de faire confiance à leur observation du problème et de contacter des spécialistes ou un lieu d'information. Certains parents cherchent à faire manger leur enfant, à agir sur l'alimentation alors que c’est souvent impossible. Il est important, mais difficile d’essayer de maintenir un lien avec la personne qui souffre, tout en cherchant de l’aide auprès des spécialistes. Ne pas hésiter à tirer la sonnette d'alarme sans chercher à jouer les superhéros...les proches ne peuvent pas tenir le rôle de thérapeute envers la personne qui souffre. Une aide extérieure est la plupart du temps indispensable.
Demander de l'aide quand on est un proche permet de mieux comprendre ce qui se passe et de trouver les pistes adaptées à chaque situation. Il n'y a pas de solution unique. Chaque personne cherche une manière personnelle de sortir de la maladie.
On encourage aussi les parents à garder du temps pour eux car se débarrasser d’un trouble alimentaire exige de l'endurance, et pas seulement pour les malades! Il importe aussi que les proches sachent qu'il existe, pour eux, des groupes
de partage, de discussion pour répondre à leur sentiment d'impuissance et d'isolement.
Ces troubles suscitent beaucoup de questions dans l'entourage (sentiment de culpabilité, colère, impuissance, désespoir, peur,...) et il est important d'avoir de l’aide et du soutien pour soi afin de mieux comprendre et de retrouver l'espoir. C'est un trouble qui fait irruption dans la famille (les repas sont les moments où la famille se retrouve généralement) et qui chamboule la dynamique familiale dans son ensemble.
« Comment expliquer que les personnes très amaigries continuent à se trouver grosses et à vouloir perdre du poids? »
Quand elles parlent de leur corps, les personnes souffrant de TCA expriment beaucoup d’insatisfaction. Elles se vivent comme «énormes » et cela fausse leur perception. Elles portent un regard réaliste sur l'extérieur, elles sont capables de dire si autrui est maigre, de taille standard ou en surpoids. Mais elles perdent cette objectivité lorsqu'il s'agit d'elles et se ressentent comme ne correspondant pas à ce qu'elles devraient être. On parle de dysmorphophobie. Elles se voient grosses, alors même que leur poids est inférieur à la normale. Nombre d'entre elles se trouvent mal proportionnées ou même difformes. On observe que les personnes qui souffrent de TCA ne sont pas satisfaites de ce qu’elles sont, au niveau corporel et de manière plus générale. Les difficultés alimentaires ne sont souvent que la pointe de l'iceberg: quelque chose ne va pas et s'exprime ainsi. On observe la plupart du temps un très grand déficit de l'estime de soi, c'est-à-dire le sentiment profond de valeur personnelle.
Une personne atteinte de TCA fait un grand pas lorsqu'elle parvient à faire évoluer le regard qu'elle porte sur elle-même:
« Comme tout le monde, j'ai des qualités et des défauts et je suis digne d'être aimé-e malgré ces imperfections »
« Merci, Stéphanie, pour ce mot de la fin ouvert sur des perspectives qui vont au-delà de la maladie»
Pour toute information:
Association Boulimie Anorexie
Av. de Villamont 19
1005 Lausanne
Tél: 021 329 04 39
www.boulimie-anorexie.ch