Bonjour Julien, peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail à SID'Action?
Cela fait maintenant deux ans que je travaille en tant que responsable de la communication et de la recherche de fonds au sein de cette association. Mon travail consiste à communiquer à l'interne et à l'externe, ça veut dire: communication avec les membres, communication avec les partenaires, avec le public et avec, bien entendu, les bénéficiaires. Du côté de la recherche de fonds, mon but est de trouver de quoi financer l'association auprès de privés et des partenaires publics. Tout cela en étroite collaboration avec les autres collaborateurs de SID'Action étant donné que je n'ai qu'un poste à 30%.
Les personnes séropositives peuvent venir vous voir pour quel type de demande? Que leur proposez-vous?
Notre offre pour les personnes séropositives au VIH consiste en plusieurs types d'activitésqui ont toutes pour but d'améliorer leur vie quotidienne. Un de nos axes principaux est l'accompagnement par des personnes bénévoles. Les autres activités que nous offrons sont: l'accueil téléphonique et dans nos locaux, le soutien par l'écoute lors d'entretiens individuels, l'aide à la formulation de demande de soutien financier – on les aide par exemple à remplir un formulaire, à établir leur budget et à se diriger vers le bon organisme. En collaboration avec d'autres structures du réseau VIH, nous aidons les personnes séropositives qui rencontrent des problèmes au niveau juridique, par exemple avec leur employeur, ou alors avec leur assurance maladie. Nous leur offrons également une fois par mois un brunch auquel tout le monde est convié.
Peux-tu nous expliquer plus précisément en quoi consiste les accompagnements de personnes séropositives?
L'accompagnement d'une personne porteuse du VIH consiste à l'aider et à la soutenir dans une quantité d'actes de la vie quotidienne, tels que: aller chez le médecin, se déplacer pour des loisirs, ou tout simplement pour faire une ballade.
Cet accompagnement est effectué par des personnes bénévoles encadrées par des professionnels. L'accompagnement est mis en place à la demande de la personnes séropositive au VIH et a pour but d'être centré sur les besoins de cette personne. Selon la demande de chacun, il peut s'agir d'une présence quasi-quotidienne ou alors d'une rencontre une fois par mois!
Tous les accompagnants se retrouvent une fois par mois environ lors d'une réunion dans nos locaux pour partager leur vécu de l'accompagnement. Ce qui leur permet également d'échanger sur les éventuelles difficultés qu'ils rencontrent durant leur engagement.
Au début, le futur accompagné rencontre la collaboratrice responsable de cette offre pour construire avec elle un projet d'accompagnement. Ensuite, on met ce bénéficiaire en contact avec un accompagnant bénévole.
Est-ce que les personnes séropositives au VIH viennent facilement d'elles-mêmes demander des informations ou du soutien? Si non, pourquoi est-ce difficile pour eux?
Il y a beaucoup de situations différentes. Autant certaines personnes vivent avec leur séropositivité au VIH d'une manière ouverte et viennent chez nous sans aucun problème. Autant d'autres personnes ont très peur de dire qu'elles ont été contaminées. Ces personnes-là ont besoin parfois de plusieurs années pour pouvoir faire le pas de franchir notre porte. Pour elles, la difficulté consiste d'une part à accepter la réalité de leur situation, et d'autre part il y a une très grande crainte que leur entourage soit mis au courant de leur situation personnelle.
Ces craintes sont souvent fondées, car beaucoup de personnes ont encore à l'heure actuelle de la peine à imaginer pouvoir côtoyer une personne porteuse du VIH. Pour aider ces personnes à venir à SID'Action, nous leur assurons bien sûr une totale confidentialité! La possibilité de venir partager un repas lors du brunch mensuel que nous organisons dans nos locaux à Lausanne est souvent une porte ouverte pour demander de l'aide par la suite.
As-tu l'impression que les mentalités ont évolué quant à la problématique du sida?
Les mentalités évoluent, c'est sûr! Cependant, il reste encore énormément de progrès à faire. D'une part, au niveau de la prévention: énormément de jeunes et de moins jeunes ne veulent pas voir ou ne voient pas le danger et continuent à prendre des risques. D'autre part, encore beaucoup de personnes, par peur ou par méconnaissance, rejettent et discriminent les personnes porteuses du VIH tant dans la sphère privée que dans la sphère professionnelle.
Pour finir, le VIH reste une problématique très tabou et très chargée d'émotions car liée à la sexualité. Nombreux sont ceux qui encore de nos jours sont persuadés à tort que le VIH ne concerne que les toxicomanes, les travailleurs du sexe ou les personnes ayant des rapports sexuels « hors normes ».
Sans chercher à faire d'amalgame entre la toxicomanie et la problématique du sida, on trouve parmi les personnes toxicomanes des personnes porteuses du virus. Comment te positionnes-tu à titre personnel quant au refus du local d'injection à Lausanne?
Je suis très déçu. Non seulement du résultat du vote, mais aussi de tout ce que j'ai pu entendre durant cette campagne. Je pense que sans être une panacée, le local d'injection représente une réponse pragmatique et concrète au problème de la toxicomanie. Il est inacceptable que des personnes dépendantes et donc souffrant d'une addiction soient contraintes de vivre dans des conditions d'hygiène complètement inhumaines.
Sans cautionner du tout le trafic de stupéfiants, j'estime que la toxicomanie est une réalité à laquelle il faut répondre de manière concrète. Le local d'injection aurait permis non seulement d'améliorer les conditions de vie des personnes toxicomanes, mais aussi de leur offrir un premier pas vers une solution plus complète à leurs problèmes. Par ailleurs, en tant qu'infirmier, j'ai travaillé avec des personnes toxicomanes et j'ai été très choqué par ce que j'ai pu voir de leurs conditions d'hygiène. J'ai l'impression que par cette votation nous avons vraiment montré que ces personnes doivent rester dans leur marginalité!
Quelles incidences ce refus aura-t-il sur la prévention du sida selon toi?
La plus évidente est que le matériel stérile offert dans un local d'injection ne sera pas disponible et que les échanges de seringues ne diminueront pas. Aussi, les professionnels présents au local d'injection et dans le bistrot social auraient pu faire de la prévention auprès de la population.
Comment prendre contact avec l'association si l'on souhaite participer à vos actions ou demander de plus amples informations concernant vos activités?
Tant les personnes souhaitant nous aider que celles directement concernées par le VIH peuvent au choix:
- nous appeler du lundi au vendredi, de 14h à 18h au: 021.341.93.33
- nous écrire à la case postale 5220, à Lausanne, 1002
Nous garantissons l'anonymat à toutes les personnes qui le désirent.
Pour clore cet entretien sur une note de solidarité, comment pouvons-nous aider les personnes concernées par le virus du sida?
D'abord, nous sommes tous concernés par le VIH. Le premier pas est de se protéger soi-même et de réfléchir à notre rapport aux risques de contamination. Ensuite, on peut aussi réfléchir à notre réaction face aux personnes déjà contaminées et nous poser les questions suivantes:
« qu'est-ce qui nous fait peur? », « craint-on d'être contaminé par une simple discussion? ». Tout cela nous permettra d'avoir une réaction empathique le moment venu et non un rejet de ces personnes.
Merci Julien d'avoir accepté de répondre à nos questions.
Lausanne, le 26 juillet 2007.
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