Bonjour Laurence et merci d'avoir accepté cette interview pour notre site. Peux-tu, pour commencer, nous décrire ton parcours professionnel?
J'ai fait mes études de psychologie à l'université de Genève et me suis spécialisée dans la psychologie clinique de l’enfant et de l’adolescent. J'ai ensuite travaillé dans le milieu scolaire pendant près de 12 ans. Mon intérêt s'est porté, entre autres, sur la problématique du traumatisme, ayant été confrontée à des décès subits d’enfants, d’adultes et les répercussions sur les proches et témoins étaient bien complexes à gérer. J'ai ensuite participé au projet "GRAFIC", élaboré par Carol Gachet, qui se proposait d'accompagner les cellules de crise des écoles du canton de Vaud à s’organiser au mieux pour gérer les événements critiques (lors de catastrophes naturelles, d’accident, de décès par ex…). Aujourd'hui, après un séjour à New-York qui n'a fait qu'étoffer mon intérêt pour le thème, je travaille en tant qu’indépendante, particulièrement avec ICP (Intervention de Crise et Prévention - www.i-c-p.ch), société d’intervention et de conseils spécialisée dans la gestion de crise et des incidents critiques.
Eh bien, quel parcours Laurence! Situations de crise, incidents critiques, situations d'urgence...mais finalement qu'est-ce que la psychologie d'urgence?
Cette branche s'occupe d'accompagner et de soutenir les personnes concernées (victimes ou témoins) par un événements potentiellement traumatisant ainsi que leur entourage et les secouristes. C'est une intervention ponctuelle immédiate et post-immédiate qui apporte les premiers soins émotionnels ainsi qu’une information ciblée à ceux qui en ont prioritairement besoin, l'objectif étant d'activer les ressources et le réseau de la personne victime pour qu'elle puisse reprendre au plus vite et au mieux le fil de sa vie.
Quelles sont les réactions des personnes qui vivent ces incidents et auxquelles les psychologues urgentistes doivent faire face?
Il y a différentes réactions possibles, dont un stress intense et ce qu’on appelle la dissociation. Ce sont des mécanismes de survie face à la violence de l’impact de l’événement. Il en découle un « marquage » corporel, sensoriel entre autres et un sentiment d’impuissance, des réactions comme le déni (faire comme si l'événement n'avait pas eu lieu) ou la déréalisation (on n’arrive pas à croire que cela se soit passé). Par la suite, peuvent apparaître des comportements d'évitement (du lieu en question, de personnes), des intrusions (flash-back ou cauchemars), ou encore des réactions d’hyper-vigilance. Le psychologue de l’urgence n'est là que pour un temps donné, il intervient ponctuellement à court et moyen terme et donne la possibilité à la personne d'activer ses ressources, à se reconnecter à soi-même, aux autres, à la vie.
Peux-tu me donner quelques exemples de situations d'urgence?
Un accident (de la route ou professionnel), une agression, un incendie, un vol à main armée, un décès subis, un suicide ou encore tous les événements liés aux catastrophes naturelles, comme une avalanche ou un tsunami par exemple.
Tu fais partie des personnes formatrices à la psychologie d'urgence. Quels sont les points clé de cette formation?
La connaissance des caractéristiques d'un événement critique, des réactions et conséquences diverses aux différents moments de l'événement (court, moyen et long terme), les interventions possibles, tout en restant toujours conscient de ses propres réactions, de ses besoins, en développant des outils d'auto-protection. Dans le domaine de la psychologie d'urgence, l'aidant n’est pas à l’abri de réagir en miroir et de devenir une victime potentielle. Il est important de bien connaître ses propres réactions de stress et les mécanismes d’adaptation et faire appel à ses propres ressources pour pouvoir aider au mieux les victimes à développer les leurs.
Le questionnement éthique est par là même un fil rouge de nos réflexions au quotidien et moteur de nos ajustements permanents pour nous adapter au mieux à ce qui vient. Mise à part la théorie et les réflexions, nous apprenons énormément des mises en situation où nous jouons les rôles de victimes et d’intervenants.
Quelles qualités devrait avoir un bon intervenant en psychologie d’urgence?
Pouvoir accueillir ce qui vient, ETRE sans forcément FAIRE. Les savoirs et savoirs faire comptent mais c'est le savoir être qui est peut-être le plus important.
Quels sont les organismes qui pratiquent la psychologie d'urgence?
Il y a notamment ICP (Intervention de Crise et Prévention), AVP-police, permanence de psychologues formés à disposition de la police de Lausanne et de l’Ouest lausannois 24/24h pour répondre aux victimes touchées ou témoins d’un événement critique, la cellule de crise vaudoise, la cellule lausannoise en cas de catastrophe (DIAM), PLI (le service psychiatrique de liaison) ou encore le GRID (groupe ressources d’intervention de la Côte).
Et pour conclure....le mot de la fin?
Ce qui me passionne le plus dans ces situations, c’est l’authenticité qui s’en dégage, il n’y a ni artifice ni matérialisme : une intensité peu commune où existentiel, spirituel, éthique, philosophique et sociétaire convergent avec douleur mais aussi avec croissance et rebondissement...cela fait grandir et cela ramène à sa propre condition d'être humain qui est vécu complètement différemment. Ce sont les valeurs et la façon de vivre qui changent!
Merci Laurence pour ce moment très sympathique passé ensemble et pour toute la passion que tu as réussi à me transmettre durant cette interview! Très bonne continuation à toi.