
Merci pour cet interview qui permettra aux internautes de mieux connaître la CIMI, www.cimi.ch
Peux-tu te présenter et nous donner quelques lignes de ton parcours professionnel?
Je suis psychologue spécialisée en l'enfant et l'adolescent. Je travaille à la CIMI depuis 2003 où j’y ai fait un stage puis j'y ai travaillé comme psychologue clinicienne.
J’ai été amené à travailler dans la maltraitance suite à un concours de circonstance. Puis le plus important, c’est ce qui m'a amené à y rester:
Je trouve le soin des familles maltraitantes motivant à divers points de vue: le travail avec les victimes est très enrichissant car ces personnes ont une sensibilité toute particulière et une incroyable capacité à rebondir et leur résilience, comme le nomme Cyrulnik, est grande et c’est ce qui donne une force à la thérapie.
Après je trouve que leur courage est un élément qui donne une tonalité particulière à ce type de thérapie. Par exemple, il faut un grand courage pour un parent maltraitant pour accepter qu’il a été maltraitant avec son enfant, puis pour pouvoir reconnaître comment il a agi et pour finalement demander pardon à son enfant.
Chacun est capable de devenir maltraitant tout comme ceux qui l’ont déjà été peuvent sortir de la violence.
Et finalement le travail avec ces familles dites maltraitantes que je préfères appeler « abimées » m’a permis de vivre de forts moments d’humanité.
Qu'est ce que la CIMI et quelles y sont les problématiques rencontrées ?
La CIMI est un centre de thérapie familiale qui s’occupe de violences intrafamiliales. Ses objectifs sont selon ses statuts:
Dispenser une aide thérapeutique aux familles dans lesquelles s’exerce l’une des quatre formes de maltraitance (physique, psychologique, sexuelle, négligence). La CIMI offre des suivis individuels, de couple, de famille et de groupes, ainsi que de l’art-thérapie.
Evaluer le fonctionnement de la famille maltraitante à la demande de la famille elle-même ou à la demande d’un tiers.
Approfondir les connaissances en matière de maltraitance intrafamiliale et dispenser ce savoir.
La CIMI collabore avec les institutions officielles déjà en place. Les familles peuvent ainsi lui être adressées par des professionnels ou venir consulter d'elles-mêmes.
Mon poste de psychologue clinicienne m’amène à travailler dans les différents domaines cités ci-dessus. Cependant, de par ma spécialisation en psychologie de l’enfant et de l’adolescent, je travaille tout particulièrement avec cette population. C’est pourquoi je développe depuis quelques années des recherches concernant les fonctionnements psychologiques et les moyens de traitements des enfants victimisés au sein de leur famille.
Connais-tu quelques chiffres sur l'ampleur du problème de la maltraitance dans la population générale?
La majorité des violences dans la population en général sont exercées au sein de la famille (plus de 80%).
Les principales victimes sont les enfants et les personnes vulnérables (comme les personnes malades et âgées) puis les femmes.
De manière générale, on sait que le pourcentage de la population maltraitée est très élevé: Par exemple, il peut aller, selon les études, de 1 femme sur 5 à 1 femme sur 3.
Peux-tu nous donner l'approche globale dans le soin à la CIMI et en quoi cela est particulier?
Une des particularités est que nous soignons toute la famille (victime, auteur et tiers) car on tient compte de la famille en tant qu’un tout. En effet, on soigne les liens abimés dans la mesure du possible. Ici, la maltraitance est envisagée comme une problématique relationnelle plus qu'individuelle.
Un des objectifs du soin est d’élever le seuil de l’irréparable ou la victime peut être reconnue en tant que tel par tout le système familial et l’agresseur peut faire une acte de pardon voir de réparation symbolique.
Il est aussi nécessaire d'articuler une approche à la fois thérapeutique et psycho-éducationnelle de type préventif.
Quelles ressources sont à favoriser dans la population que tu traites?
Leur réseau naturel en premier lieu, c’est à dire la famille, les amis, les personnes ressources en dehors des intervenants.
Et surtout il faut favoriser ce qu’ils savent déjà faire dans leur quotidien en dehors de la raison pour laquelle ils viennent en thérapie.
Quels sont les besoins actuels en terme d'aide à ce type de population?
Il faut faire un travail thérapeutique familial où il ne faut pas diviser la famille car le besoin est de travailler sur les relations qui les ont fait souffrir mais qui leurs sont aussi et surtout nécessaires pour guérir.
Sur quoi les actions de prévention devraient porter pour ce qui est de la maltraitance en générale?
Il faut penser aux vulnérabilités de ce type de population (isolement, social, famille monoparentale, divorce conflictuel, stress, dépendances, maladie psychique d’un des parents, etc...).
Quelques perspectives pour l'avenir?
Pouvoir généraliser des structures telle que la CIMI au niveau national.
Il faut aussi développer la prévention en amont (dans les écoles, à la maternité, pour le grand public et dans les médias) et le soin car le besoin est là et la demande d’aide ne fait que croître.
Travailler dans la maltraitance est riche mais usant et il est sain de ne pas y consacrer l’entièreté de son activité professionnelle pour conserver une bonne hygiène de vie.
Pour conclure.
... Comment retrouver l'humanité écrasée par le lourd fardeau de l'indicible?
Quand la parole et la rencontre avec l'autre dans son acte thérapeutique, délivrent et soignent des actes parfois si déhumanisants, la thérapie est comme une restauration de l'humaine condition...