Grand Merci de me recevoir pour notre site! Pourriez-vous me décrire votre parcours professionnel et votre fonction?
Entre 22 et 29 ans, j'ai d'abord beaucoup bourlingué, sac au dos, des voyages d'une année parfois en Amérique Centrale, au Canada, aux USA, en Australie, aux Philippines, en Asie... Je retrouvais tout de suite du boulot et je repartais quand j'avais assez gagné. A l'époque on trouvait tout de suite du travail!
J'ai également une formation d'assistante médicale, de laborantine. J'ai aussi travaillé dans la restauration. Par exemple je bossais aux Grisons le soir dans un bar, je skiais la journée et ensuite je repartais en voyage!
Un jour, « par hasard » j'ai trouvé du travail à Terre des hommes (Tdh) comme secrétaire à l'adoption en 1987. J'y suis depuis 22 ans. J'ai d'abord été engagée comme secrétaire trilingue (français, allemand, anglais) puis j'ai fait une formation en emploi d'assistante sociale à l'Ecole d'études sociales et pédagogiques (l'EESP) il y a 15 ans. Depuis 9 ans, je suis responsable du secteur Adoption.
En tant que secrétaire, j'avais de l'intérêt pour ce que j'entendais au téléphone, mais je n'avais pas le pouvoir de faire bouger les choses. C'est pour ça que j'ai demandé à me former. J'ai étudié à l'école EESP (un 30% de formation d'assistante sociale en emploi), mais aussi appris sur le tas avec les collègues.
Mon intérêt pour ce poste est d'abord la « matière », l'adoption internationale étant un sujet très prenant qui englobe l'individu, la famille, la société, la culture, la politique, les lois et jusqu'à la mondialisation. Puis, il y a aussi la liberté d'intervention, les voyages fréquents, les congrès, la collaboration avec les travailleurs des autres pays. J'ai contribué à introduire la notion de plaidoyers (dénonciation des mauvaises pratiques) à Tdh. J'aime ces voyages à l'étranger. Nous collaborons par exemple avec l'Inde et j'ai déjà fait 30 voyages depuis pour mon travail.
Nous avons réalisé une étude sur les pratiques de 6 pays d'accueil, qui est sortie à fin février 2008. Ce travail a eu un succès monumental y compris jusqu'au parlement européen. On va maintenant élaborer une charte sur l'éthique dans l'adoption internationale qu'on veut présenter à Bruxelles cet automne.
Quelle est la situation de l'adoption en Suisse?
La situation est critique voire déplorable! Il y a 4 façons d'adopter:
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avec un pays qui a ratifié la convention de la Haye
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la même chose, mais par un intermédiaire qui peut être Terre des hommes, comme en Inde par exemple
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avec un pays non conventionné tel que Haïti, le Népal, le Vietnam par un intermédiaire comme Terre des hommes (ici avec le Nigeria par exemple)
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en privé... suivant le pays, c'est aléatoire et les abus sont fréquents. D'où vient l'enfant ? Au Népal par exemple, ça se fait souvent sans le consentement des parents, à travers de faux documents
Berne ne regarde pas ce qui se fait dans ces pays, parce qu'ils n'ont pas ratifié la Convention de la Haye. Il n'y a donc pas de contrôle sur la provenance des enfants, ni sur les procédures.
Tdh a prévu de faire du lobbing pour faire interdire les adoptions privées et pour que les enfants soient traités de la même manière, indépendamment qu'ils viennent d'un pays qui a ratifié la Convention de la Haye ou pas. L'autorité centrale à Berne est peu efficiante. Je leur communique régulièrement des informations sur des pratiques douteuses... qui restent lettre morte!
Les cantons ont tous des pratiques différentes qu'il est pratiquement impossible d'unifier. Le canton de Vaud est privilégié car le SPJ (qui réalise les évaluations avec les couples candidats à l'adoption) existe depuis plus de 50 ans, il y a donc une pratique de longue date sérieuse. A Soleure, à l'opposé, ils collaborent avec les USA où l'on commande son bébé avant la naissance!
Il y a beaucoup plus de demandes que d'enfants adoptables. C'est cela qui crée le trafic! Un enfant peut coûter (donc rapporter aux intermédiaires douteux) jusqu'à Frs 30 000.- Au Népal, des privés s'organisent pour rendre les enfants adoptables. Là-bas, les parents pensent que leurs enfants seront mieux éduqués s'ils vivent en institution. Ils les placent donc dans un de ces « orphelinats ». Ensuite on publie la photo des enfants et si les parents ne réagissent pas, on les met sous la tutelle de l'institution et ils deviennent adoptables.
Je suis de telles situations en Espagne où la mère d'origine n'était pas d'accord, ça s'est fait à son insu. Même chose en Italie. Une étude faite par Tdh et l'UNICEF au Népal a montré que 80% des enfants ont une famille, alors qu'on les annonce tous comme « abandonnés » pour l'adoption! C'est un très gros marché!
Comment se passent la procédure d'adoption et l'évaluation, ?
Au canton de Vaud, la procédure pour adopter commence par une demande au SPJ. L'évaluation sociale prend environ 6 mois. On peut adopter seul et l'âge requis est de 35 ans. Il est demandé d'avoir suffisamment de disponibilité, c'est à dire un travail à temps partiel permettant d'être présent pour l'enfant.
Lors de cette évaluation, les parents se déterminent pour un pays d'adoption et doivent définir le profil de l'enfant (âge, sexe et état de santé). L'évaluation n'est pas facile à vivre. Il y a au bout une décision: c'est oui ou c'est non!
Quelle préparation est offerte aux parents?
En dehors de l'évaluation, aucune préparation n'est obligatoire en Suisse! Les pays autour de nous (Belgique, Hollande, Italie) sont plus performants dans cette préparation. Il peut y avoir des cours de sensibilisation (sur le trafic, les besoins des enfants, la motivation des parents). Après ces informations 30 à 40% des couples renoncent à leur projet en connaissance de cause.
En Suisse, Terre des hommes fait des évaluations sur mandat de certains cantons, mais même si les futurs parents ont déjà l'agrément du canton, nous les voyons pour les sensibiliser à la réalité des enfants (les conséquences de l'abandon, la vie en institution, leurs besoins, leur histoire).
La question de la motivation est importante et il faut être attentif aux attentes parfois exagérées des parents par rapport au rôle et à la place de l'enfant au sein de la famille.
On met les parents en situation par des photos, des histoires pour y réfléchir. On établit ensemble le profil de l'enfant qu'ils aimeraient adopter. Idéalement quel âge aurait-il, comment serait sa santé, le pays? On essaye de préparer au mieux les parents pour qu'ils puissent accepter l'enfant tel qu'il est. Notre travail permet de faire une certaine prévention avant l'adoption pour mettre le maximum de chances de côté afin qu'elle se passe le mieux possible.
Etant une organisation privée, nous pouvons refuser des candidatures en évoquant les raisons.
Quels conseils donneriez-vous à des parents désireux d'adopter?
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bien se renseigner par tous les moyens par des forums, par l'Espace Adoption (voir ressources) par exemple
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par des lectures
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en ayant des contacts avec d'autres parents qui ont déjà adopté (Terre des hommes met en contact des parents qui le désirent avec d'autres)
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se renseigner sur le pays où l'on souhaite adopter, par exemple le Brésil ne donne que des enfants dès 4 ans
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réfléchir à deux fois en évaluant la situation de l'enfant adoptable et ses besoins
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confronter son désir avec la réalité
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penser à comment on va parler à l'enfant de son histoire et à quel moment on va le faire
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ne pas se forcer à adopter par pitié ou sens moral trop élevé
D'après votre expérience, y a-t-il des pays à éviter?
Oui: le Guatemala, le Vietnam et le Cambodge (personne ne travaille avec eux sauf la France), Haïti, la Népal, la Russie, l'Ukraine... La Roumanie ne pratique plus l'adoption internationale depuis qu'elle a été accusée de trafic, il y a quelques années. (Berlusconi a troqué 100 enfants contre la promesse d'aider la Roumanie à entrer dans l'Europe!).
Il y a de moins en moins d'enfants adoptables. Les enfants trouvent souvent une famille dans leur pays, ce qui est favorable pour leur intégration. Tdh promeut l'adoption nationale. En Inde autrefois la plupart des enfants allaient à l'étranger. Actuellement 75% restent au pays. Une sensibilisation pour les enfants abandonnés, l'infertilité grandissante des couples favorisent ce mouvement d'adoption sur place. L'offre dans les pays étrangers descend pendant que la demande ne cesse d'augmenter dans nos pays!
Qu'en est-il sur la recherche d'origine des enfants adoptés?
Elle peut se faire par le Service social international (SSI). Les enfants qui ont été adoptés par Terre des hommes peuvent s'adresser directement au service Adoption.
Cette recherche peut être rendue très difficile voire impossible suivant les pays. Par exemple, au Vietnam, on ne retrouve rien, parce qu'il s'agit presque toujours d'enfants trouvés. Parfois un enfant a été remplacé par un autre en cas de décès. Au Bangladesh, les autorités ont détruit tous les dossiers d'adoption à cause des critiques de trafic.
Encore quelques remarques sur l'adoption?
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Je rencontre parfois des situations où les parents parlent en « j'ai le droit d'adopter, je veux un enfant comme ceci ou comme cela ». Cette attitude ne permet pas des conditions favorables d'adoption!
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Le désir d'enfant est légitime, mais il est bon de se demander aussi: quel enfant a besoin d'être adopté?...
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Il y a toutes sortes de préjugés sur les enfants adoptés. Dans l'affaire Lagonico, les Pidoux se sont justifiés par le fait que leur fils était adopté. On reproche parfois aux parents d'avoir déraciné l'enfant en l'adoptant. Ils éprouvent alors le besoin de se justifier, ce qui provoque une attitude défensive.
Auriez-vous des ressources à proposer aux parents?
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A Genève, Espace Adoption, une association privée, fait des cours de préparation et voit les couples avant, pendant et après l'adoption. Ils offrent un suivi même si ça se passe bien. Référence: www.espace-adoption.ch
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Il y a aussi des cours préparatoires sur Vaud organisés par des privés sur mandat du SPJ
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Un livre parmi d'autres édité par Terre des hommes « L'adoption dans tous ses états. Enjeux et pratiques » pour le prix de Frs 15.-
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Le café des adoptés certains samedis matin au restaurant Manora de Lausanne (www.adopte.ch)
Merci infiniment, Marlène pour cette mine de renseignements et bon vent pour la suite de votre activité professionnelle et les luttes qui vous tiennent à coeur!