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Visite dans un gîte équestre du Jura avec son responsable, M. Michel Beuret
-  "Bonjour, pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre gîte et son concept?" - ...
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Michel Borter, éducateur au Foyer du Servan, à Lausanne

Michel Borter, éducateur au Foyer du Servan, à Lausanne
Peux-tu nous expliquer en quelques mots qui sont les enfants accueillis au foyer, quelles sont les particularités du foyer ?

Ce sont des enfants et adolescents qui vivent des difficultés familiales et qui ont aussi souvent des problèmes au niveau scolaire ou comportemental.
Le foyer est situé en ville de Lausanne, alors que la plupart des foyers de ce type se trouvent à l’extérieur. Il est organisé en 3 appartements qui accueillent chacun 8 enfants/adolescents. Chaque groupe est encadré par 3 éducateurs/éducatrices et un/e stagiaire.
Il s’agit d’enfants d’âge scolaire, entre 6 et 16 ans, qui vont dans les écoles du quartier, parfois en classe spécialisée.
La Fondation Bellet qui gère ce foyer, ainsi qu’une garderie, a mis en place d’autres structures complémentaires à celle du foyer:
-         Un accueil de jour spécialisé, c'est donc un externat pour écoliers
-         Un appartement qui offre 4 places pour des jeunes qui sont en apprentissage ou aux études.
Je travaille dans l’un des 3 groupes du foyer.

Nous allons donc nous centrer sur ton activité au foyer…
Qu’est-ce qui motive le placement, à partir de quels critères est-ce qu’on considère qu’un enfant est mieux « placé » qu’à la maison ?

Le foyer reçoit principalement des demandes de placement de la part du Service de Protection de la Jeunesse. Aucun parent ne vient frapper à la porte du foyer pour placer son enfant. Tous les placements se passent avec l’accord du SPJ et sont donc suivis par un assistant social de ce service.
Les critères du placement sont des critères de protection de l’enfant. Ce n’est pas nous qui décidons du bien-fondé du placement. La décision a été prise en amont par le SPJ, avec la famille. Nous nous prononçons sur l'adéquation entre le type de demande et la spécificité de notre foyer. Nous ne nous positionnons pas dans une logique du "mieux".
Le Servan n’est pas un foyer d’urgence, les placements sont préparés. Il y a eu une négociation avec la famille. L’assistant social leur a expliqué l’utilité de cette solution.
Les placements ne se font pas du jour au lendemain, il y a même plutôt une liste d’attente.

Comment se déroule l’admission d’un enfant au foyer ?
 
Il y a d’abord une demande d’un assistant social du SPJ qui vient présenter la situation, avec le ou les parents si c'est eux qui ont le droit de garde. Parfois quelques membres du réseau existant déjà autour de la famille (enseignant, psychologue, infirmière scolaire..) participent aussi à cette rencontre. La deuxième étape, si on peut répondre à la demande, est une rencontre avec le ou les parents concernés accompagnés de leur enfant. Le jeune vient ensuite, par exemple un mercredi après-midi, pour faire une visite dans le groupe où il pourrait être accueilli. On convient ensuite de la date d’entrée.
Jusqu’à il y a environ 2 ans, on était très calqués sur le modèle scolaire, avec des entrées en automne et des sorties à l’été. Maintenant, les admissions et les départs peuvent se faire en tout temps. Ce cadre est moins rigide, lorsque l’on perçoit que l’on arrive à une fin de placement, on ne va pas attendre que ce soit l’été pour laisser partir le jeune.

Vous êtes nombreux dans une équipe éducative, est-ce que vous parvenez à mettre en place des objectifs de façon cohérente, à les réaliser ?
 
Effectivement on est nombreux puisque nous sommes 4 personnes en contact direct et journalier avec les enfants. Il ne faut pas oublier qu’il y a encore tout un personnel d’encadrement et de maison, un directeur, un cuisinier, un responsable éducatif, une secrétaire, une lingère, etc… Nous sommes ouverts 365 jours sur 365, ce qui signifie qu’il faut du personnel pour que la prise en charge soit assurée de façon cohérente sur toute l’année.
Sur le plan de l’équipe, on a passablement de temps en colloque avec 2 voire 3 rencontres hebdomadaires pour discuter des situations et se concerter sur les derniers événements. La communication entre nous est très importante. Il y a donc un colloque particulier à l'équipe, un avec le responsable éducatif qui supervise notre travail et une fois par mois un avec toute l'équipe de l'institution et la direction pour une réflexion sur un thème particulier (collaboration avec l'école, les dépendances, la disqualification….)

Nous organisons trois camps d’une semaine durant l’année. Ce sont des temps forts, importants pour souder le groupe et permettre de vivre d’autres expériences hors temps scolaire : découverte d’une région, vie dans un autre contexte, apprentissage du ski…
La participation est obligatoire, même qu’il s’agit de périodes de vacances, ce qui n’est pas toujours compris par les familles.
Les équipes éducatives sont très stables, les gens restent de nombreuses années, ce qui permet de bien savoir quelles sont les compétences de chacun, les complémentarités et de se répartir les rôles.

Comment se passe la vie quotidienne au foyer?

Elle est semblable à la vie d’une famille ordinaire. Le matin, on réveille les enfants, on les envoie à l’école après le déjeuner, ils rentrent à midi pour le repas ; le soir, devoirs pendant une durée souvent très longue car nous accordons beaucoup d’importance à la scolarité. Un petit moment de loisirs, généralement après le souper, douche puis moment du coucher variable en fonction de l’âge des enfants. Il n’y a que le mercredi après-midi où on a une plage un peu plus conséquente pour planifier une activité. On veille cependant à favoriser les activités que les enfants choisissent en dehors du foyer (foot, basket, athlétisme, pratique d’un instrument), on ne veut pas les centrer exclusivement sur ce lieu, les y attacher… Il y a une vie en dehors du Servan et on va en sortir un jour, même moi   ;-)
Les projets éducatifs de chacun des enfants sont travaillés au fil du quotidien, en rebondissant sur les événements vécus sur le groupe, en échangeant avec les enfants sur leurs difficultés du moment, leurs aspirations, leurs projets d'avenir.
La grande majorité des enfants rentrent le week-end dans leur famille. Certains restent durant le week-end, ils ne sont alors plus dans leur groupe de vie habituel et se retrouvent avec des enfants des deux autres groupes.
Pour les jeunes qui sont là très fréquemment, on essaie de trouver des alternatives avec des activités à l’extérieur pour que leur horizon ne se limite pas à l’institution. Ce peut être une invitation chez un copain de classe, avoir une activité sportive ou avec les scouts.

Quelle est la durée moyenne d’un placement ?

Les moyennes ne veulent souvent pas dire grand-chose.
Il y a à la fois des placements qui peuvent durer très longtemps, 5 à 6 ans, et d’autres qui durent un an ou quelques mois. La durée peut être très variable en fonction des situations.

Le placement d’un enfant est souvent perçu comme une situation de séparation assez dramatique, qu’en penses-tu ?

Oui, ce n’est pas un acte anodin, c’est une décision importante. Pour les parents, ça n’est jamais une solution prise ou acceptée (parce qu’ils n’ont pas toujours le choix) de gaieté de cœur. Nous, nous désirons être attentifs à ce que ce ne soit pas vécu comme une invalidation de la famille, mais plutôt comme une aide à un moment donné de leur histoire.
Pour l’enfant aussi, ce n’est pas simple, parce qu'accepter le placement, s'y investir, c’est un peu trahir ses parents.

Qu’en est-il des parents, est-ce qu’ils gardent leurs droits, est-ce que vous collaborez ?

Le foyer travaille selon les principes de l’approche systémique et c’est primordial pour nous de collaborer avec les parents. Les parents conservent une très grande partie de leurs attributions, on ne va pas les en décharger sous prétexte que leur enfant est là.
Nous allons voir les enseignants avec eux ou ils vont les voir sans nous. C’est eux qui signent le carnet scolaire, qui lavent le linge de leur enfant.
Je ne connais quasi aucun parent dont le souci n'est pas que tout se passe au mieux pour son fils ou sa fille. Ils sont associés à toute décision importante. Nous les rencontrons régulièrement pour partager sur l’évolution de leur enfant/adolescent, entendre leurs questions, leurs craintes, leurs doutes. Ce sont eux qui connaissent le mieux leurs enfants, ces échanges sont donc aussi très utiles pour nous éclairer sur ce qui se passe à certains moments.
On a généralement un très bon rapport avec les parents qui viennent parfois partager un repas, on les rencontre au moins une fois par semaine, ne serait-ce que quand ils viennent chercher ou amener leur enfant. Il ne se passe jamais longtemps sans qu’on les voie.
Les parents ne devraient donc pas perdre le contact avec leur enfant parce qu'il y a placement. Avec les natels, il serait d'ailleurs totalement illusoire de penser à une quelconque séparation étanche.

Quelles sont tes plus grandes satisfactions dans le cadre de ton travail ?

Je ne sais pas, ça tombe un peu sous le sens ; ce sont des situations où on a le sentiment qu’il y a une évolution positive pour chacun, le jeune et ses parents. Par exemple, en sortant d’un entretien où on a l’impression qu’on a pu aller au cœur du problème, on a pu se dire authentiquement des choses importantes.
Sur le plan du vécu quotidien, il n’y a pas que des moments où il faut faire de l’autorité, rappeler les règles ; il y a aussi plein de moments où c’est sympa pour tout le monde.
J’adore plaisanter et être en relation, sur ce plan mon travail m’offre un cadre idéal.

A l’opposé, qu’est-ce qui te paraît le plus difficile, le plus ingrat ?

Le plus ingrat ce sont des situations de rupture, de perte de la confiance, que ce soit avec le jeune ou avec sa famille, des situations de rejet. Il y a des situations où tout à coup ça bascule dans la rivalité avec la famille, ce qui se traduit très souvent par une fin du placement.
Nous sommes quand même obligés d’être dans une relation de confiance pour travailler au long cours avec ces familles, ces jeunes.

Est-ce que tu verrais de meilleures alternatives au placement, lesquelles ?

Il existe des alternatives au placement, le milieu ouvert, les familles d’accueil, par exemple. Après c’est une question de gradation et de spécificité de la situation. Ce qui est bien pour l’une n’est pas nécessairement bien pour l’autre. Ma conviction est que les enfants qui sont au Servan y sont pour de bonnes raisons.
C’est une question théorique parce que tout ce qui est fait en amont, au niveau de la prévention, fait que beaucoup de situations problématiques à un moment donné sont réglées sans aller jusqu'au placement. Avant la décision du placement, bien des pistes ont été recherchées. Si les enfants sont au foyer c’est que les alternatives n’ont pas vraiment joué, ce n’est pas faute d’avoir envisagé d’autres issues.

Aimerais-tu ajouter quelque chose qui te parait important ? Le mot de la fin…

Il me semble qu’on a fait le tour de ce qu’est un foyer. Si ça peut aider à dédramatiser ce qu’est un placement, c’est très bien.

Merci Michel, ces informations nous permettent de nous faire une représentation plus précise du placement dans une institution et de laisser tomber quelques idées reçues...