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Monique Nessi, répondante du 147

Monique Nessi, répondante du 147

 

Monique, peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t'a conduit à travailler au 147?

Premièrement, je dois dire que j'adore les enfants, c'est la raison principale qui m'a amené à répondre au 147. J'ai une formation de dessinatrice architecte, et c'est au moment où j'ai été maman que j'ai commencé à m'investir auprès d'autres enfants. J'ai participé à la société d'animation du village. J'ai ainsi créé beaucoup d'activités pour les jeunes. J'ai également été accompagnante et monitrice de ski au sein du groupement scolaire.

Ma vie a été très agréable, entourée par ma famille et mes amis. A un moment, j'ai traversé une épreuve difficile. Beaucoup de personnes, que parfois je connaissais à peine, sont venues m'aider. C'est là que j'ai réalisé à quel point l'entourage est important et j'ai ressenti le besoin de soutenir d'autres personnes en retour. Il fallait que je m'investisse pour autrui et j'ai alors pensé aux enfants que j'aime tant. C'est ainsi que j'ai commencé à travailler pour le 147 en 2000.

 

Mais alors, c’est quoi exactement le 147 ?

C’est une ligne d’aide gratuite et confidentielle pour les enfants et les adolescents. Parfois des parents nous appellent aussi pour nous parler de leurs filles, de leurs fils. Nous répondons 24h/24, ce temps est partagé entre des professionnels qui font les heures de journée et de soirée et des répondants formés à cette activité durant les nuits et les week-ends.

Cette ligne est indispensable parce qu’il y a plein de gens qui se retrouvent tout d’un coup tout à fait seuls, ou en tout cas qui croient l'être. On est là pour leur lancer une bouée. Très souvent ils ont des personnes autour d’eux et on les aide à s’en rendre compte.

 

Qu’est-ce qui amène les gens à téléphoner ?

A mon avis, c’est l'angoisse ou la solitude du moment. Il y a aussi le fait de ne pas oser parler d’un sujet à ses parents, amis ou connaissances. Ils ont ainsi la possibilité de s'exprimer auprès d'une personne qui essaie d'être neutre, sans jugement et de manière anonyme.

 

Concrètement, quels types d’appels recevez-vous ?

Il y a un tel panache ! Le problème des amours des ados est un grand sujet. La relation parent-enfant en est un autre. Les difficultés avec les amis reviennent également souvent. Sinon il y aussi les personnes qui appellent en décrivant un malaise général qui tend à la dépression. Beaucoup de jeunes de 17-18 ans parlent de suicide... Des questions à propos de contraception, de sexualité et de grossesse sont aussi fréquentes. Malheureusement nous comptons également énormément de téléphones silencieux, de raccrochés et de blagues.

 

Des blagues ? Comment ça?

Il y en a plusieurs sortes. Certains appelants nous mènent sur un sujet qui pourrait être plausible, mais lorsque nous posons des questions plus précises sur la situation ils ont deux types de réactions, soit leur réponse est absurde, soit ils commencent à rire. D'autres nous parlent de faits très graves, voir parfois pratiquement improbables (« je couche tous les soirs avec ma mère ») en utilisant un ton complètement inadéquat par rapport à la situation. Il y a aussi des gens qui téléphonent pour nous insulter vulgairement.

 

Quel pourcentage y a-t-il de blagues par rapport aux téléphones importants?

Il est difficile de donner un pourcentage chiffré, mais malheureusement, ce qui est certain, c'est qu'il y a plus de blagues et de téléphones silencieux que de vraies situations.

 

Malgré toutes ces blagues et ces muets, ce travail est-il utile ?

Absolument, cela ne se discute pas. Cette ligne doit exister! Elle a du sens rien que pour les gens qui se trouvent seuls et perdus. Ces personnes ont besoin d'aide ou d'écoute dans l'immédiat. Elles ne peuvent pas attendre le lendemain ou les heures d'ouverture des bureaux. Le malaise arrive n’importe quand! Il n'est pas possible de prendre rendez-vous avec le malheur…

 

Parlons des situations qui ont du sens. Peux-tu me donner des exemples concrets? Bien entendu sans donner de détails personnels afin de garder l'anonymat des personnes concernées.

Oui bien sûr! Cette nuit un jeune garçon a téléphoné en parlant de se suicider et m'annonçant avoir déjà fait une tentative par le passé. Il était plongé dans cette envie de mettre fin à ses soucis et ses doutes. Il ne trouvait pas d’autres moyens que la mort pour le faire à ce moment là. C'est parce qu'il n'osait en parler à personne qu'il a appelé le 147. Il faut savoir que lorsque les jeunes comme ce garçon se retrouvent une raison d’être, ils continuent à vivre. En discutant, il s'est rendu compte qu'il avait un but, il voulait que son amie se rétablisse de sa maladie. Pour cela, il fallait qu'il tienne bon. Avec cette motivation en arrière plan, nous avons ensuite trouvé ensemble comment il pourrait se reconstruire. Il a ainsi pu s'accrocher à un fil conducteur qui l'amenait à vivre et non à se détruire.

J'ai aussi régulièrement des jeunes filles enceintes qui téléphonent. Elles sont perdues et ne savent pas si elles veulent garder ou non leur enfant. Je leur explique alors qu'elles ne peuvent pas affronter seule une telle situation. Élever un enfant en tant qu’ado ou avorter sont deux choix tout aussi difficiles l'un que l'autre. Je leur conseille donc d'en parler à leurs parents et lorsque ce n'est pas possible je leur indique une structure adaptée où elles pourront réfléchir aux alternatives possibles.

Le 147 est également utilisé pour des problèmes moins graves, mais tout aussi réels et importants pour celui ou celle qui téléphone. Un soir, vers 20h, un petit garçon de 6 ans a appelé pour me demander comment écrire "joyeux anniversaire". Il venait de faire un dessin pour sa maman et voulait ajouter ce petit message pour sa fête!

 

Qu’est-ce qui aide le plus les gens ?

C’est l’écoute! Très souvent ils nous disent « merci de m’avoir écouté ». Ils n'appellent pas toujours pour que l'on résolve un problème avec eux, souvent ils ont un coup de blues, ils se sentent mal et ont juste besoin d'être entendus. Il n’y a pas forcément un drame au bout du téléphone. On parle, il y a des échanges, on voit des moments de bonheurs passés et peut être futurs.

 

Durant tes années de répondance au 147 tu es certainement passée par différentes étapes, peux-tu nous en parler?

Aujourd'hui j’ai le cœur qui bat nettement moins fort que les premières fois! Lorsque l'on commence à répondre au 147 c’est vraiment stressant, surtout les premières 10 fois. Parce qu’il y a quelqu'un d'inconnu qui nous appelle au secours et on se demande si on sera capable de répondre à ses besoins. Maintenant je le vis différemment. La pratique m’a enlevé ce moment de stress, cette angoisse de ce que je vais dire, est-ce que je saurai aider?

Ma manière de répondre a donc évolué. Au début je croyais que je devais être une petite fée qui trouve une réponse rapidement. Actuellement, je me permets de prendre plus de temps pour trouver la solution avec la personne qui appelle.

 

Est-ce que des personnes téléphonent pour donner des nouvelles de leur situation?

Je le leur demande souvent, mais peu le font. Ce n'est pas vraiment difficile à le vivre pour moi, lorsque j'ai le sentiment d'avoir bien fini le téléphone. Je me dis que la page se tourne et que quelqu’un d’autre va prendre le relais.

 

Qu’est-ce que tu as appris de plus important en répondant au 147 ?

C’est d’écouter les gens avec beaucoup plus d’attention, que ce soit ma famille ou mes amis. J’essaie de pratiquer une écoute de qualité dans ma vie personnelle.

 

Qu’est-ce qui t’encourage à continuer depuis tant d’années ?

Chaque "merci" que je reçois m'encourage. Je sais ainsi que mon but d'aider l'appelant est atteint.

 

Comment vois-tu la suite ?

Je vais continuer mais je ne sais pas jusqu’à quand. Est-ce que je me lasserai? Je ne pense pas, car, malgré toutes les blagues, il y a toujours quelqu’un qui me dit "c’est bien que tu sois là".

 

Pour conclure, souhaites-tu transmettre un message aux personnes qui liront cette interview?

Si vous vous croyez vraiment seul, c’est faux. Il y a ce numéro, nous sommes là! Au bout du 147 il y a une personne, une vraie présence. Vous n’êtes jamais seul, mais il faut encore avoir le courage de téléphoner et bien sûr connaître ce numéro.