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Monsieur TOSATO nous parle de l'accueil de jour pour les enfants

Monsieur TOSATO nous parle de l'accueil de jour pour les enfants

Bonjour et merci de nous accorder cette interview.

1. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous et nous parler de votre fonction au sein de la municipalité?
J’ai débuté ma carrière professionnelle comme enseignant à Bienne. Au terme d’une deuxième formation à l’EESP j’ai rejoint la Fraternité du Centre Social protestant où j’ai travaillé pendant 20 ans dans le domaine du soutien aux migrants. Je me suis engagé dans plusieurs mouvements, actifs dans la défense des locataires, dans le soutien aux centres de loisirs ou dans la lutte contre le racisme.
La volonté de promouvoir les actions qui génèrent du lien social, qui soutiennent les plus démunis, ainsi que la volonté de comprendre comment naissent les discriminations et quelle est la part de celles-ci imputable à l’organisation de notre société, m’ont amené à m’engager en politique.
En 1998 j’ai été élu au Conseil communal et en 2002 à la Municipalité de Lausanne. Depuis cette date je suis en charge de la direction de l’enfance, de la jeunesse et de l’éducation. Parmi les tâches qui m’incombent, je peux citer par exemple la mise en place au niveau communal de la politique de soutien aux activités de jeunesse, du soutien aux écoles de musique, du développement des places d’accueil de jour, de l’entretien du parc immobilier scolaire, des activités de prévention et de santé des enfants, des offres de vacances, de la gestion des églises et du contact avec les communautés religieuses.

2. Nous souhaitons plus particulièrement aborder le thème de l'accueil de jour pour les enfants. Pouvez-vous nous donner un bref historique sur la situation des crèches en ville de Lausanne?
C’est en 1874 que s’est ouverte la première crèche privée à Lausanne et en 1949 le premier centre de vie enfantine municipal à Bellevaux.
Depuis lors cette prestation s’est développée en réponse à une demande toujours plus forte des parents qui désiraient pouvoir concilier vies familiale et professionnelle et promouvoir l’égalité femmes/hommes dans le choix de poursuivre une carrière professionnelle après une naissance. L’augmentation des familles mono-parentales et la volonté de promouvoir l’égalité des chances pour les enfants a également été un facteur déterminant dans la mise en place toujours plus nombreux de lieux d’accueil.
L’accueil préscolaire, l’accueil parascolaire et l’accueil familial sont les trois types d’accueil proposé par le Réseau lausannois.

3. Quelle est la situation actuelle au niveau de l'accueil de jour pour les enfants? Quels sont les enjeux et les défis?
Aujourd’hui, la ville de Lausanne met à disposition une place d’accueil en APEMS pour tous les enfants de 6 à 10 ans dont les parents font la demande.
Pour les enfants qui fréquentent les classes enfantines nous répondons à environ 75% de la demande.
Pour les enfants depuis la fin du congé de maternité jusqu’à 4 ans, environ 50% ont une place, soit 2800 enfants sur les 5615 inscrits au contrôle de l’habitant.
Le défi le plus important auquel nous devons répondre est de continuer le développement afin de trouver une solution pour les parents qui figurent sur la liste d’attente. L’enjeu est de réussir tout en proposant des places financièrement accessibles pour tous. Aujourd’hui encore à Lausanne, le 76% du coût total des frais de garde est supporté par les collectivités publiques.

4. On évoque souvent des problèmes de manque de places dans les crèches, comment expliquez-vous ce phénomène? A quoi le rattachez-vous?
Il s’agit d’une réalité que personne ne conteste. Aujourd’hui, 90% des parents font une demande de place de garde, alors qu’ils n’étaient que 50% il y a encore 10 ans. L’augmentation des familles mono-parentales, l’obligation pour les chômeuses d’avoir une solution de garde pour bénéficier des prestations, les placements sociaux sont d’autres réalités avec lesquelles il faut compter.
Il ne faut pas oublier également que nombre de familles n’ont plus aucun réseau familial à proximité pour leur donner un coup de main.
Finalement les mentalités ont changé. Plus personne ne culpabilise parce qu’il place son enfant dans une structure d’accueil et considère qu’il est un mauvais parent, comme ont essayé de le faire croire beaucoup d’hommes pendant longtemps.

5. Il y a souvent des points de désaccord entre le politique et le social, comment s'articule le dialogue entre les décideurs et le terrain?
Dans ce domaine les points de désaccord concernent souvent le type de prestation qui est proposé. Certains prônent des structures légères avec un encadrement minimum, parfois assuré par des bénévoles, et nient la nécessité de proposer des structures fonctionnant avec des professionnel-le-s et un concept éducatif. On a souvent entendu dire, par exemple, qu’il n’était pas nécessaire « d’avoir fait des études pour torcher le cul des gamins ». Certaines remarques sont de l’ordre du mépris et d’autres de la méconnaissance de la réalité du terrain.
Il est donc capital que les personnes engagées sur le terrain fassent connaître leur activité, invitent les politiques, s’expriment dans la presse. L’opération Tapis rouge pour les APEMS qui s’est déroulée à l’Hôtel de Ville et celle plus récente d’exposition du Réseau d’accueil de jour de Lausanne qui s’est tenue sur la terrasse de la FNAC sont des exemples à suivre.

6. Quelles alternatives proposer aux parents qui ne trouvent pas de place pour leur enfant?
C’est une excellente question à laquelle seuls les parents peuvent répondre. Il n’y a de droit à une place de garde aujourd’hui nulle part en Suisse. Ceux qui se trouvent confrontés à cette dure réalité choisissent de rester à la maison.

7. Quelles sont les perspectives d'avenir ou les projets en cours?
En ville de Lausanne, les objectifs politiques sont d’éliminer la liste d’attente des enfants qui fréquentent l’école enfantine et n’ont pas trouvé de place, de continuer de développer les places pour les tout petits et surtout de proposer un modèle d’accueil parascolaire permettant la mise en place d’une école à journée continue telle que voulue par le peuple vaudois.

8. Le mot de la fin...
L’école obligatoire, laïque et gratuite pour tous a été le fruit d’une longue lutte. C’est aujourd’hui l’accueil extrafamilial qui est engagé dans ce combat. Les modes de vie changent et les sociétés s’enrichissent de ces évolutions.