
1) Bonjour et merci de nous présenter "Les Boréales"! Pourquoi ce nom qui évoque l'évasion, le rêve, la beauté ?!. Parlez-nous de l'équipe qui la compose et de son champ d'intervention.
Les Boréales est une unité qui fait partie du département de psychiatrie du CHUV, et qui s’occupe de la maltraitance intrafamiliale.
Nous avons choisi le nom Les Boréales en référence à l’aurore boréale qui, pour nous, symbolise la lumière dans la nuit, la possibilité de changement. L’équipe est composée de 10 thérapeutes , des psychiatres pour adultes et pour enfants, des psychologues et une intervenante socio-éducative (qui peut intervenir à domicile).
Nos prestations sont ouvertes à tous les cantons romands et elles sont prises en charge par les caisses maladies.
2) Quelle est la "mission" de votre service et à quel public s'adresse-t-il ? Quelle est la place spécifique des Boréales dans le réseau des structures s'occupant de maltraitance ou d'abus ?
Les Boréales ont essentiellement deux missions : le soin et la supervision.
Notre première mission consiste à prendre en charge les situations de mauvais traitements à l’égard des enfants, les situations de violence conjugale et les mauvais traitements à l’égard des personnes âgées. Nous prenons également en charge les situations d’abus sexuels et d’inceste.
Notre deuxième mission consiste à être à disposition des intervenants qui ont besoin de supervisions pour les cas de maltraitance qu’ils suivent.
Concernant notre collaboration avec les autres structures qui s’occupent de maltraitance, nous intervenons généralement après que le dépistage ait eu lieu. Plusieurs situations nous sont adressées par le service de protection de la jeunesse, par le centre d’accueil de Malley-Prairie, par l’institut de médecine légale et le Can-team ou le centre LAVI.
Nous apprécions lorsque l’envoyeur accompagne la personne ou l’ensemble de la famille lors de la première consultation, afin que chacun puisse nous transmettre ses attentes.
3) Quelle est votre approche de la maltraitance ?
Nous nous référons essentiellement au modèle de prise en charge familiale systémique : nous pensons qu’il est difficile, voire impossible, de traiter la maltraitance intrafamiliale en ne se centrant que sur la personne maltraitée. C’est pourquoi, nous proposons souvent des entretiens individuels pour la victime et /ou pour le membre de la famille violent, associés à des entretiens de couple ou de famille ; ainsi, l’ensemble du système pourra co-évoluer ensemble. Dans la grande majorité des cas, les conjoints ou les parents qui maltraitent leurs partenaires ou enfants ne le font pas avec plaisir et souffrent profondément de la situation.
Le but des entretiens est de leur permettre de régler les conflits autrement que par le recours à la violence.
4) Comment se déroule un suivi aux Boréales ?
Il est rare que les familles téléphonent spontanément car elles ressentent souvent de la honte et de la culpabilité au regard de ce qui leur arrive. En général, c’est un tiers qui prend contact avec nous pour nous parler de ses soucis par rapport à une situation donnée. Nous proposons au tiers d’accompagner la famille lors du premier rendez-vous afin de nous la présenter. Ce premier entretien permet de clarifier la place que chaque intervenant prendra et de déterminer ce qui relève de l’investigation psychiatrique et ce qui sera communiqué au réseau (par exemple : récidives de violences sur un mineur). Par la suite, nous nous donnons un temps d’évaluation : nous rencontrons le patient, la famille, le couple conjugal (et/ou parental) et/ou la fratrie pour identifier les forces et les faiblesses existantes. Puis, nous évaluons si une approche thérapeutique est indiquée. Le but est de permettre au couple/ à la famille d’évoluer vers d’autres modèles de communication.
Si l’indication à un suivi est posée, la prise en charge peut commencer. Nous pouvons proposer des entretiens individuels, des entretiens de famille ou de couple ou plusieurs formats en parallèle en fonction des besoins de la situation. Une collaboration étroite avec le réseau est maintenue pendant tout le suivi.
La cause des mauvais traitements provient généralement de plusieurs facteurs : facteurs d’ordre culturel, socio-économique, familial et individuel. Nous ne pouvons malheureusement pas intervenir au niveau culturel ou socio-économique. Mais dans ces cas, afin d’aider au mieux les familles appartenant à une autre culture ou celles confrontées à d’importants soucis socio-économiques, nous allons faire en sorte qu’un réseau d’aide puisse être construit autour d’elles. Par exemple, nous recourons à des interprètes ou nous mettons en contact ces familles avec un assistant social, afin qu’il les aide à gérer leur condition financière. Notre action spécifique se déroule au niveau individuel et familial.
5) Les personnes qui consultent prennent-elles directement contact avec vous ou vous sont-elles adressées par d'autres professionnels ?
Les personnes peuvent prendre directement contact avec nous.
Il nous est arrivé qu’une personne nous téléphone suite à une agression sexuelle extrafamiliale, ou qu’une maman, ayant été elle-même tapée dans son enfance, nous téléphone car elle a peur de commencer à taper son bébé.
En ce qui concerne la violence conjugale, dans plusieurs situations, nous avons été contactés directement par les victimes. D’autres situations nous sont adressées par MalleyPrairie. Dans les situations de maltraitance intrafamiliale avérée, généralement les familles n’osent pas faire le premier pas ; dans ce cas, c’est généralement un tiers qui nous appelle avec leur accord.
6) Sur quels critères vous appuyez-vous pour estimer qu'une situation a évolué positivement et que les mineurs sont moins exposés à certains risques dans leur développement ?
Notre action spécifique se déroule au niveau individuel et familial. Au niveau individuel, on peut estimer que la situation a bien évolué à l’aide des critères suivants : la personne mentionne l’arrêt des mauvais traitements dont elle est l’objet et les symptômes qui indiquaient la présence d’une importante souffrance psychique (troubles du sommeil, les crises de panique, les troubles du comportement chez l’enfant etc.) ont disparu.
Au niveau familial, on estime que la situation a évolué lorsque chaque membre de la famille a retrouvé sa place et son territoire, lorsque chacun se sent reconnu et respecté et que les membres de la famille ont appris à communiquer en pouvant négocier.
7) Parlez-nous aussi des "échecs": qu'envisagez-vous lorsque votre intervention semble ne pas suffire ou reste infructueuse ?
Certaines familles ne peuvent pas profiter des entretiens, car elles estiment que la seule aide efficace doit être de type concrète (argent, trouver un appartement, payer un camp). Ces familles n’ont pas l’habitude de se parler et le fait de venir parler chez nous peut être considéré par elles comme une perte de temps. Dans ce genre de situation, on estime que l’intervention d’un éducateur ou d’un assistant social est plus adéquate.
Parfois, la priorité est à mettre sur le contexte social (par exemple parents maltraitants qui ont des caries à toutes les dents, ont mal, ne peuvent se nourrir). Cet axe étant pris en charge, il est alors possible de proposer une évaluation de la pertinence d’une intervention psychiatrique.
Lorsque les violences sont en lien avec une pathologie psychiatrique avérée (trouble psychiatrique, toxicomanie, alcoolisme) nous adressons les patients aux structures spécialisées dans ces domaines au sein du département de psychiatrie du CHUV. Une approche conjointe peut alors avoir lieu Dans d’autres situations, le membre de la famille qui commet les actes violents nie sa responsabilité, ne reconnait pas le rôle qu’il joue. Le placement des enfants, l’éloignement du conjoint victime sont dans ces cas-là la seule solution. Un suivi individuel de la victime peut être ensuite mis en place.
8) Quelles sont les perspectives de développement des Boréales?
Actuellement, aucune situation de maltraitance sur personne âgée ne nous a été adressée. Il y aurait lieu que nous devenions plus actifs dans ce domaine.
Pour plus d'info:
Unité Les Boréales/DP-CHUV Av. Recordon 40 1004 Lausanne 021/3146633