Ce mois, nous vous associons à notre rencontre avec l'une des responsables d'unité d'un Point Rencontre vaudois.
Bonjour, pouvez-vous nous donner un bref historique des Points Rencontre ?
" La question de l'exercice du droit de visite, dans des situations de séparation conflictuelle des parents, ou lorsque la relation est fragilisée entre parent et enfant, a de tout temps présenté des difficultés importantes, avec un grand risque de rupture entre l'enfant et le parent qui ne vit pas avec lui. Parfois l'assistant social ou le tuteur organisait des rencontres dans son bureau mais il ne pouvait pas le faire de façon régulière ni dans la durée. De plus, cela n'était pas une solution si le parent gardien (à qui avait été confiée la garde de l'enfant) refusait de laisser partir l'enfant.
En 1992, une journée de réflexion entre les différents partenaires concernés par cette question (juges, assistants sociaux, psychologues, etc.) a été organisée avec le soutien de Pro Juventute, à laquelle ont été invités divers professionnels français qui avaient mis sur pied des lieux d'accueil du droit de visite en France. A la suite de cela, deux Points Rencontre ont été ouverts cette même année à Genève et Lausanne, offrant un espace commun pour l'exercice simultané du droit de visite de plusieurs parents et enfants, avec un accompagnement assuré par plusieurs professionnels, et cela en fonction de ce qu'un juge avait ordonné aux parents. Par la suite, et sur le même principe, des Points Rencontre ont été créés dans chaque canton romand.
C'est aussi depuis 1992 qu'est régulièrement organisée une formation spécifique pour tous les professionnels qui interviennent dans un Point Rencontre romand, de même que des échanges réguliers entre les différents responsables de ces institutions.
Il existe aussi des Points Rencontre en Suisse alémanique, sur des modèles un peu différents de ce qui a cours en Suisse romande. En effet, tous les Points Rencontre fonctionnent en tenant compte des différences cantonales existant en matière d'organisation judiciaire et sociale.."
A quels besoins ces lieux répondent-ils ? et quelle est leur fonction du point de vue de la protection des mineurs et du maintien de la relation parent-enfant ?
" Les Points Rencontre s'inscrivent dans le respect de la loi qui garantit à chaque enfant et parent le droit d'entretenir des relations personnelles (Code civil suisse et Convention internationale des Droits de l'Enfant).
Les Points Rencontre sont des lieux tiers, extérieurs aux conflits, ne prenant parti ni pour l'un, ni pour l'autre des parents. Ils ont pour but le maintien de la relation, la prise ou la reprise de contact entre l'enfant et le parent avec lequel il ne vit pas lorsqu'il n'existe pas d'autre solution. Ils permettent à l'enfant de se situer dans son histoire et par rapport à ses origines. C'est un lieu de transition où se prépare l'avenir afin que les relations changent, évoluent, dans le but que des rencontres sans intermédiaire soient un jour possibles.
Certaines situations, telles que besoin de protection de l'enfant et/ou interactions conflictuelles entre les parents exigent de restreindre le droit de visite. Il arrive par exemple que l'enfant ou l'un de ses parents ait été traumatisé, exposé à des violences physiques, psychologiques ou sexuelles comme témoin ou victime ou que certains parents soient marginalisés, soumis à des addictions, ou en difficultés diverses. Le juge est alors amené à statuer sur la façon dont se déroulera le droit de visite et peut imposer aux parents que les contacts aient lieu dans un Point Rencontre. Il s'agit d'une restriction importante du droit de visite: 1 à 2 fois par mois pendant 2 heures maximum si la visite a lieu à l'intérieur des locaux ou pendant 3 heures maximum si la sortie est possible. Parfois aussi passage une à deux fois par mois d'un parent à l'autre entre le samedi et le dimanche uniquement. Il est important que ce soit pour une durée transitoire, même si parfois cela dure plus longtemps "
Quel rôle joue le professionnel de permanence?
" Le travail du professionnel (appelé "intervenant") sur le lieu de visite est de favoriser la relation entre l'enfant et son parent tout en veillant à la sécurité de chacun. Les intervenants sont attentifs aux signes de tristesse, de colère, de peur...de joie aussi qui viennent enrichir la rencontre. Ils favorisent la parole de chacun, la mise en mots, aident à faire avec le décalage entre les attentes, le regard de chacun afin de faire coexister des réalités et des besoins différents entre parent et enfants. Cela peut aller de simples phrases à de petits entretiens.
Parfois il faut aussi aider à la séparation entre l'enfant et le parent. L'intervenant cherche à favoriser le positionnement de chaque adulte non pas comme conjoint mais comme parent. Il peut être aussi nécessaire de rappeler les limites que la loi impose à chacun, pour que chaque parent puisse occuper la place qui est la sienne auprès de son enfant et que l'enfant puisse reprendre son existence d'enfant.
Un climat de détente est favorisé lorsque les visites ont lieu de façon régulière, que le parent constate que sa relation à son enfant ne souffre pas du fait qu'il rencontre l'autre parent. Les conflits entre adultes au sujet du droit de visite s'apaisent et l'autonomie devient possible.
Dans les locaux de visite, même si quelques jeux, jouets ou livres sont à disposition, le parent visiteur est invité à apporter de quoi remplir ce moment de rencontre avec ce qui convient à lui et à son enfant. L'enfant peut, lui aussi, amener ce qu'il souhaite montrer ou partager avec son parent "
Les demandes de fréquentation des Points Rencontre vous parviennent-elles directement?
" Non, le juge signifie aux parents à travers une ordonnance quel sera le droit de visite. Les parents prennent ensuite contact avec nous afin que le droit de visite puisse démarrer. Nous sommes soumis à la confidentialité pour tout ce qui concerne le contenu de la relation entre l'enfant et chacun de ses parents.
Si le parent hébergeant (qui vit avec l'enfant) n'amène pas l'enfant, le juge peut le contraindre de le faire. Par contre, le parent visiteur est renvoyé à sa responsabilité de se rendre ou non au rendez-vous. Les absences sont souvent le reflet d'une souffrance ou d'une situation fragilisée. Dans ce cas, il s'agit d'accompagner chacun, et notamment l'enfant, dans l'expression de ses émotions et la compréhension de la réalité de la situation "
Voyez-vous une évolution des demandes ?
" Au fil des ans, de nouveaux Points Rencontre ont été ouverts pour répondre à des demandes toujours plus nombreuses, ils ont permis le maintien du contact entre de très nombreux enfants et leurs parents, le plus souvent permis une évolution vers un rétablissement autonome du droit de visite… En cela, ils gardent tout leur sens dans la société actuelle où les situations de souffrance sont loin de diminuer !
En guise de mot de la fin et pour désamorcer certaines craintes, il est possible d'assurer à chacun qu'aucun parent ne va perdre son enfant parce qu'il rencontre l'autre parent.
C'est l'attention portée aux réels besoins de l'enfant, ainsi que le respect des limites de chacun et du cadre déterminé par la loi qui rassurent l'enfant, qu'il soit en bas âge ou adolescent ! "
Merci de nous avoir consacré de votre temps!