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Thérèse Cuttelod, Association Familles solidaires

Thérèse Cuttelod, Association Familles solidaires

 

 

Avant de commencer, parlons un peu de toi...Raconte-nous ton parcours!

Je suis psychologue et ai fait ma formation à l'université de Lausanne. J'ai toujours eu un intérêt pour la problématique de la maltraitance et de l'abus sexuel et j'ai pu approfondir ces thématiques avec ma recherche de demi-licence et mon mémoire de licence. Je me suis ensuite lancée dans une thèse que je termine aujourd'hui sur le vécus des adultes abusés sexuellement durant leur enfance. J'ai également été assistante à l'université de Lausanne (dans le domaine de la psychologie de la santé) avant de débuter mon activités à familles solidaires en 2007.


 

Venons-en à Familles solidaires, quelle est l'activité de cette association?

Elle s'occupe d'enfants et d'adolescents victimes d'abus sexuels, de leurs parents et également des auteurs d'actes d'ordre sexuel qui sont envoyés par le tribunal des mineurs.

A l'origine, la principale action était le travail en groupe, de 3 à 7 personnes, encadrées par deux animateurs formés dans le domaine sur 12 séances. Puis, il y a eu les entretiens individuels qui permettent d'offrir un soutien avant l'intégration au groupe et une préparation à l'entrée dans le groupe. Ils permettent également de poursuivre des objectifs précis pour les personnes qui pour différentes raisons ne peuvent pas travailler en groupe.


 

Mais en fait, quels sont les bénéfices du travail en groupe?

Pour les adolescents se retrouver avec des personnes du même âge, ayant vécu le même genre de situation est très important! Ils se sentent moins seuls et surtout se sentent mieux compris que par un professionnel qui n'a pas vécu la même expérience.

Tous les participants sont à des niveaux différents dans le travail qu'ils font sur eux-même, mais celui qui a trouver une issue, va donner espoir à celui qui souffre encore.

De plus, il est toujours difficile de parler d'abus sexuels avec les personnes qui nous entourent, même avec ses propres amis. Le groupe permet de créer de nouveaux contacts avec qui partager les moments difficiles. D'ailleurs, entre les séances de groupe, les jeunes s'appellent et se soutiennent mutuellement.


 

Et pour les parents?

Le groupe des parents de victimes d'abus sexuels se déroule aussi sur 12 séances. Les parents amènent leur difficultés face à la situation. Les parents posent des questions sur différents thèmes, mais souvent ils sont inquiets quant à la protection de leur enfant ou encore sur ce qu'il faut dire ou pas sur le procès en cours.


 

Parlons tout de même de la spécificité de Familles solidaires c'est-à-dire le travail avec les groupes d'auteur. Quel type de travail est fait dans ces groupes?

C'est le groupe qui est le plus structuré, chaque séance a une thématique pré-définie.

Le but est de proposé des thèmes qui poussent à réfléchir et à se remettre en question et ensuite, laisser une partie plus libre, de partage où les jeunes peuvent faire un travail d'introspection.

Les thèmes abordés sont variés: les lois, les étapes qui précédents le passage à l'acte (avec comme objectifs de pouvoir le prévenir), l'éducation sexuelle (la sexualité saine), l'impact sur la victime...etc.

Les auteurs d'abus sexuels s'engagent à venir à chaque séance et dans le cas où ils seraient absents, la justice en est informée.


 

L'abus sexuels est un sujet encore relativement tabou...comment ont évolué les demandes ces dernières années?

Il y a une certaine stabilité dans les demandes. Par contre les entretiens individuels sont devenus des prestations de Familles solidaires suite à une demande toujours plus croissante. Le fait de pouvoir partager et de voir l'effet que cela a de se dévoiler dans un cadre intimiste avant l'entrée dans le groupe est très positif...c'est aussi ce qui donne envie aux personnes de continuer et d'entrer dans un groupe!

En tant que structure qui s'occupe des abus sexuels, vous collaborez avec la justice. Comment cela se passe-t-il?

Notre collaboration avec la justice se fait dans deux cas de figure très différents. Tout d'abord quand le tribunal nous demande de témoigner pour une victime suivie à Familles solidaires. C'est toujours un événement difficile à gérer pour les animateurs, car la demande ne vient pas de l'enfant. Cette étape est nécessaire, mais il est complexe d'en dire assez tout en respectant l'intimité de la personne. Le deuxième cas concerne les auteurs d'abus sexuels. Ils sont envoyés par le tribunal des mineurs et savent dès le départ qu'un rapport va être envoyé et que cela sera un élément pour l'évaluation de la situation. Malgré ceci, les groupes se déroulent bien, les auteurs entrent dans une relation de confiance et dans un processus thérapeutique avec les animateurs. Ce rapport est comme une brèche dans ce processus et au niveau de l'éthique professionnel cela pose des questions.


 

Question personnelle...comment gères-tu ton travail au quotidien, j'imagine comment cela peut être lourd et prenant?

Ce n'est pas évident tous les jours! Pour cela, j'ai aussi décidé d'avoir des activités annexes pour sortir de la thématique de l'abus sexuel. Je me suis formée à la psychologie d'urgence et travaille pour la cellule AVP-Police et je donne également des formations sur le résilience...histoire de voir le côté positif des choses!

A Familles solidaires, j'ai appris à garder la distance, à ne pas vivre la souffrance des autres tout en restant emphatique et soutenante. J'ai aussi appris à saisir l'étincelle et la lueur d'espoir qui se trouve en chaque personne malgré l'histoire dramatique vécue. Il faut aider la personne à devenir consciente de cette étincelle et si j'y arrive, c'est parce que j'ai la profonde conviction qu'après un abus sexuel, on peut retrouver l'envie et la joie de vivre...sans cela je ne pourrai faire ce travail.

Un petit mot pour conclure:

J'aimerai faire passer un message aux garçons victimes d'abus sexuels. Depuis que je suis à Familles solidaires, il n'y a eu que peu de groupes de garçons victimes. Le thèmes est d'avantage tabou pour les garçons...pourtant les peu de groupes qu'il y a eu ont montré à quel point cela peut être aidant et positif de se retrouver dans un espace où l'on ne va pas être jugé également pour les garçons victimes. Il faut oser parler et demander de l'aide, même si cela est difficile!


 

Merci pour cette interview Thérèse, bonne continuation à toi et à Familles Solidaires.