
Merci Thomas d’accepter de répondre à notre interview mensuelle.
Vous travaillez pour le DIOP. Il s'agit d'un Dispositif d’Intervention et d’Observation Pluridisciplinaire… Qu’est ce que ça signifie, concrètement ?
Alors… Dispositif parce qu’on est amenés à faire intervenir plusieurs institutions, personnes du réseau afin de le recréer, de le remettre en lien, de le rendre plus cohérent, on ne propose pas nous-même de prestation au niveau d’un lit, d’un foyer, ou autre prestation matérielle…
Intervention dans le sens où on opère directement auprès du jeune…
Observation de la vingtaine de jeunes qu’on suit, à partager avec le réseau (incluant l’assistant social du jeune), nous observons également le réseau et son fonctionnement. Nous avons des contacts réguliers avec l’UPEC (Unité de pilotage des prestations éducatives contractualisées) qui chapeaute toutes les mesures éducatives du Service de protection de la jeunesse (SPJ).
Nos contacts avec eux nous permettent de relayer des lacunes dans le système et de faire des propositions.
Alors l’objectif du DIOP globalement, c’est quoi ?
Le DIOP a pour but d’accompagner des adolescents en difficulté de 14 à 18 ans, on cherche à réduire les risques de rupture avec l’environnement par un accompagnement hors murs et non contraignant. Il peut s'agir aussi de réduire le risque qu'ils peuvent être pour eux-mêmes, voir pour leur vie.
Donc vous voyez les jeunes à leur bon vouloir ?
Au départ oui, le moteur est le lien, donc on travaille d’abord sur la construction de la relation de confiance, on est le plus disponibles possible au début. Lorsque le lien est établi, on peut, nous, amener quelques exigences…
Par exemple ?
Négocier les heures de rencontres, ne pas être disponible tout de suite… donc amener le jeune à être plus actif dans sa demande, être identifié comme une personne ressource à terme. On est assez proche du petit prince, l’apprivoisement ça prend du temps…
Comment est née l’idée de créer cette prestation, est-ce que vous étiez déjà à l’initiative du projet ?
Non, je n’étais pas à l’initiative, j’ai été engagé comme collaborateur DIOP en août 2008
C’était le début ?
Oui, c’était quasiment à l’ouverture, on a ouvert en sept 2008. A l’origine, début 2000, il y avait déjà un souci partagé entre le SPJ et l’Association vaudoise des organismes privés pour enfants, adolescents et adultes en difficulté (AVOP). Le SPJ ne savait plus ou placer des ados qui faisaient sauter les structures classiques, qui sortaient du cadre, l’AVOP ne savait plus quoi faire non plus avec ces jeunes…
Ça a été le point de départ d’un groupe de réflexion qui s’appelait « groupe STP » : Situations Très Problématiques. Leurs travaux ont été poursuivis lors de la mise en route de la nouvelle politique socio-éducative du canton, avec un nouveau groupe de réflexion, à partir duquel a été créé le DIOP.
Donc vous éducateur de formation ?
Oui, éducateur HES
Est-ce que vous nous parlez un peu de votre parcours professionnel ?
Je n’ai pas travaillé tout de suite dans l’éducation, d’abord dans la vente et le service clientèle pendant 4 ans, ensuite j’ai fait mes stages dans l’éducation. Depuis que je suis diplômé, j’ai travaillé au Semo Mobilet et je suis maintenant au DIOP
Qu’est qui vous motive particulièrement dans cette activité au DIOP ?
La liberté et les opportunités qu’on peut créer , le fait de pouvoir proposer une alternative à des jeunes, de mener une réflexion sur une prestation complètement inédite et de participer à sa mise sur pied. Nous avons assez de temps pour faire un suivi intensif (plusieurs fois par semaine si besoin est) car nous suivons au maximum cinq jeunes chacun.
Et puis c’est une prestation qui amène à réfléchir constamment au sens d’une action éducative
Oui c’est intéressant, on est pas limités par les règles et les attentes d’un foyer…
En effet, on a pas de canevas de prise en charge
Mais il a quand même des limites à la disponibilité que vous pouvez accorder à chaque situation ?
Le but est d’être disponible mais pas à disposition, donc, chaque suivi va s’adapter en fonction du jeune, partant de là, on organisera les jours où on se rencontrera. Les heures où on a besoin de se rencontrer, etc…
On peut être amenés à intervenir 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7
Alors vous n’avez pas d’horaire ?
Pas d’horaire fixe, sauf les colloques ou intervisions
Vous pouvez travailler de nuit comme de jour ?
Oui, on a mis sur pied un système de piquet et de remplacement pour les vacances…
Vous êtes combien dans l’équipe ?
4 intervenants (2 hommes, 2 femmes) à 100% sur tout le canton et une collègue qui fait des remplacements et la coordination
Quels sont les moments forts, intenses que vous vivez dans ce cadre ?
Les disputes familiales dont je suis témoin, par exemple. Ca peut être aussi de découvrir des parcours de vie ou des moments difficiles que vivent ces jeunes… C’est aussi très fort d’assister au moment où ils tombent le masque, lorsqu’on voit qu’une confiance réciproque peut s’établir.
Il y a l’importance d’être présent au moment de la crise justement, parce que c’est l’opportunité d’un changement, mais la crise n’est pas l’urgence…
Quelle différence faites-vous ?
L’urgence sanitaire ou psychiatrique peut être identifiée assez clairement, tandis que la crise est un symptôme, c’est un message, si on écoute ce message on peut faire émerger cette demande justement…
Ca doit demander une grande maîtrise de soi ?
Ca dépend comment la situation résonne en soi, ça demande plutôt une grande connaissance de soi plutôt qu’une grande maîtrise de soi… Ce qui veut pas dire qu’on a la bonne réponse ou le bon comportement dans des situations où il se passe beaucoup de choses en très peu de temps, au moment de la crise
Qu’est ce qui est le plus difficile à vivre dans ce cadre là ?
Garder un rythme et une hygiène de vie satisfaisante, si je peux faire attention à moi, je peux faire attention aux autres, si on ne sait pas comment s’occuper de soit, difficile de prendre soin des autres
Est-ce qu’il y a quelque chose d’essentiel que vous aimeriez encore partager ?
Oui, c’est une réflexion qu’on a en équipe et qui peut s’appliquer à toutes les relations humaines, s’adresser à tous les professionnels des relations humaines :
Il faut être attentifs au pourquoi de l’action éducative avant le comment, on ne peut pas faire l’économie de la réflexion
Oui, vous êtes bien placés pour vous poser les bonnes questions dès le départ…
On est obligés de simplifier au départ, d’élaguer. Si on est pas cohérent, si on est pas à l’aise avec ce qu’on fait, le jeune le sent tout de suite, pareil si on ne maintient pas la bonne distance
Un travail en subtilité et en finesse, parfois sur le fil, je veux dire, vraiment complexe…
Oui, c’est juste
Cette approche est vraiment très intéressante, nouvelle et s’adapte aux besoins qui fluctuent beaucoup maintenant dans notre société.
Avez-vous encore une chose à ajouter ?
Je trouve qu’une association comme Telme représente aussi un partenaire de qualité pour accompagner le jeune dans une démarche à visée thérapeutique. C’est avec ce genre de collaborations rapides, et efficaces qu’on peut répondre à une demande du jeune et l’accompagner avec cohérence
Comment peut-on vous atteindre si on souhaite faire une demande pour un jeune ?
On ne peut pas faire une demande au DIOP directement, la demande doit passer par un assistant social du Service de protection de la jeunesse, mais je réponds volontiers aux questions si besoin, voici mon adresse e-mail :
thomas.delacoste@fjfnet.ch
Pour des renseignements sur cette prestation, vous pouvez encore contacter :
La maison des jeunes : 021 643 11 51
La fondation jeunesse et famille : 021 644 20 30
Je vous remercie beaucoup de nous avoir accordé du temps et d’avoir partagé votre expérience de travail au DIOP
Bonne suite à vous Thomas !